Vaillance et Sourire

Histoire de Sixt et du Buet

François de Salles
Cette année-là, en 1602, François de Sales est nommé évêque de Genève. Son souci premier est de réveiller la piété des catholiques et surtout la dévotion des religieux. Invité par deux chanoines de Sixt à venir les visiter, il les prie de bien vouloir commencer par renvoyer du monastère toutes les femmes, parentes ou employées, et les assure de sa visite.
Il vient une première fois en septembre 1603. Il réorganise l'établissement selon la règle de Saint Augustin, les offices, les sorties, les repas, l'habillement.
Puis il se déplace, à pied, sur les lieux de la catastrophe de la Tête-Noire et assure les victimes de son secours.
Bien vite, les efforts de l'évêque sont contrariés par l'abbé commendataire de Sixt soutenu par quelques chanoines rebelles.
François de Sales utilisa sa patience et son pouvoir de conviction pour petit à petit remettre en ordre la congrégation de Sixt.
Il fit une seconde visite en 1606, mais c'est en 1618 qu'il s'installe quatre jours à l'Abbaye, s'entretient en public ou en privé avec les religieux et fait écrire une règle stricte. Jusqu'à la fin de sa sainte vie, il suivra et encouragera les chanoines de Sixt dans leur retour à la piété.
Il s'en suivit pour la vallée, un regain d'esprit religieux et l'édification dans les années qui suivirent de nombreuses chapelles: celle de Sales en 1616, celle de Salvagny en 1619, celle du Mont en 1621, celle de Nambride en 1638, celle du Fay en 1645.
En 1655 débute une première exploitation des différents minerais, notamment de fer, de la vallée. Elle sera bien vite abandonnée.
En 1680, un terrible incendie ravage l'Abbaye, détruit la bibliothèque et fait fondre les cloches de l'église.
Vers la fin du XVIIe siècle, c'est à nouveau des périodes d'occupations françaises en Savoie, entrecoupées par une période où la Savoie sera sous contrôle Sarde.
En 1713, une nouvelle tentative d'exploitation des minerais de Sixt voit le jour. Elle durera cinq années. "Le Rêve Minier" se poursuit.
En 1722, les communiers de Sixt, ensemble, créent le Conseil de Communauté. Dirigé par un Syndic et un Conseiller élus parmi le Conseil pour une année non renouvelable. Le Syndic sortait du conseil après l'année de son année syndicale.
En 1751 se termine un long conflit entre les chanoines de l'Abbaye et la communauté de Sixt au sujet de l'entretien des rives du Giffre: les religieux perdent leur procès.
En 1760, le Conseil de la Communauté obtient, après de longues tractations avec le nouvel abbé François-Joseph Paernat de la Pallud, libéral et bienveillant, et avec l'accord de la royauté, leur affranchissement de toute taillabilité. Ils sont donc dispensés d'imposition "foncière". Il est reconnu la difficulté de cultiver cette terre aride et la royauté proroge sa propre renonciation d'imposition accordée par le seigneur du Faucigny en 1200. Les Sizerets ne paieront désormais plus que la dîme due à leur clergé et les loyers pour l'usage de terres ou propriétés propres à l’abbaye.
Ce même abbé commendataire alberge, c'est à dire loue à perpétuité "son" abbaye aux chanoines de cette abbaye se réservant les droits honorifiques pour lui et ses successeurs ainsi qu'une rente annuelle de 1200 livres.
Les Sizerets s'engagent à régler annuellement une taxe pour les pauvres que les chanoines avaient l'habitude de distribuer sur ses revenus. La communauté dédommagera l'abbé en lui versant la somme de huit mille livres, somme réunie par la vente de certains territoires communaux inexploités et par la participation de chacune des familles selon ses possibilités. Trente ans avant la Révolution française, les Sizerets sont des "propriétaires" affranchis. Les communiers devront toutefois continuer de payer la redevance sur les Hauts-Sièges c'est-à-dire les alpages.
Mais la vie est dure pour les huit cents habitants de la vallée. Le territoire ne produit que la moitié du blé nécessaire aux 144 familles, et les fromages, notamment le Gratairon de Sixt et les produits laitiers produits par les six cents vaches sont principalement consommés sur place. Il n'y a que peu de terre plane et régulièrement inondée par les torrents pour cultiver les céréales et autres denrées agricoles.
Chaque famille est de plus redevable de la dîme, taxe levée par l'Ordre de religieux. Celui-ci se monte à Sixt à onze pour cent de la récolte de grains ou de chanvre.
Bien sûr, la géographie des lieux interdit toute expansion territoriale et les terres arables sont limitées. Dans cette vallée, les habitants, privés de toute autre ressource que celles de l'agriculture et de l'élevage, seront à peu près aussi nombreux durant ces siècles avec une moyenne de six à sept cents habitants.
De plus, la région n'est pas sûre. Les forêts sont infestées de prédateurs s'attaquant aux troupeaux avec notamment des ours qui n'hésitent pas à affronter les hommes. Et enfin, la frontière commune avec le Valais permet le rapt de nombreux animaux.
La montagne est dangereuse et tue régulièrement. On relève annuellement plusieurs accidents d'enfants ou d'adultes faisant une chute mortelle dans un ravin en surveillant un troupeau, en faisant les foins au-dessus des barres rocheuses ou en poursuivant un chamois. D’autres se noient parfois dans le Giffre ou dans tout autre torrent.
En 1772, après un édit royal concernant l'éducation de chacun des enfants de France, les communiers de Sixt font une supplique au Roi pour lui demander, comme la commune est trop pauvre pour entretenir un instituteur, de transformer une taxe réservée à l'aumône, laquelle était très mal utilisée, en salaire pour un éducateur. La réponse négavive de l'Avocat Fiscal de Chambéry sera celle-ci:
...S'ils sont pauvres, eux et leurs enfants ont plus besoin de pain que de lecture. Il est plus avantageux pour l'État que les sujets restent pour cultiver la terre, ou y exercer des professions utiles qu'on apprend sans maître d'école...
Depuis la création de l'Abbaye, les chanoines ont toujours professé un enseignement primaire et bien sûr religieux aux enfants du village. Un certain nombre d'entre eux sont même entrés dans les Ordres et d'autres ont poursuivi dans les voies juridiques ou universitaires.