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  • Histoire Sixt complet | Vaillance et Sourire

    Histoire de Sixt Fer à Cheval et du Buet. Ponce de Faucigny, Saint François de Salles. Les frères Deluc. Jacques Balmat. Horace Benedicte de Saussure. Alfred Wills. Toppfer Histoire de Sixt et du Buet Géologie C’est il y a environ quatre milliards et demi d'années que notre planète Terre s’est formée au sein du système solaire. C'est à cette époque dite précambrienne, la plus longue de notre histoire, puisqu'elle dure à elle seule quatre milliards d'années, que le magma en fusion qu'était alors cette planète, s'est refroidi et donc solidifié superficiellement, formant ainsi l'écorce terrestre. À l'ère primaire, une chaîne de montagnes s'est formée à l’emplacement de notre région, mais, au fil des trois cents millions d'années, l'érosion a provoqué sa destruction progressive. Il a 250 millions d’années, cette même région repose alors au fond des mers. Après avoir vu croître les premiers conifères, il rencontre les premiers poissons et amphibiens. Durant l'ère secondaire, c'est-à-dire pendant cent vingt-cinq millions d'années, son existence sera aquatique et notre territoire recevra les dépôts calcaires de l'époque jurassique si riches en fossiles marins. C'est l'époque des grands reptiles sur terre et des premiers oiseaux qui volent au-dessus de ses eaux. C'est l'ère tertiaire qui donnera ses lettres de noblesse à notre contrée. Après avoir vu se soulever les premiers massifs cristallins italiens au début de cette période, notre terrain calcaire, sous la poussée du massif "du Mont-Blanc" qui se soulève à son tour, se plisse et forme les Préalpes du Nord. Les Alpes ont alors une altitude moyenne beaucoup plus élevée qu'aujourd'hui. Pendant ces soixante-cinq millions d'années se sont développés les mammifères les plus évolués, tandis que disparaissaient les grands reptiles. Nous sommes aujourd'hui dans l'ère quaternaire depuis trois millions d'années. Le Massif alpin a été façonné petit à petit par l'érosion des différentes glaciations et des longues périodes de réchauffement pour devenir ce qu'il est aujourd'hui. Les deux principales vallées de Sixt ont dorénavant leurs formes. Elles sont composées de deux cirques glaciaires, le cirque des Fonts et le cirque du Fer-à-Cheval. Les glaciers des deux sommets les plus élevés, le Buet (3095 mètres) et le Tenneverge (2989 mètres), ont creusé ces deux cirques. Chacun des deux cirques possède son propre torrent. Le Giffre-Haut s’écoule depuis le Buet. Le Giffre-Bas prend sa source au fond de la Combe, près du lieu-dit Le Bout du Monde, à proximité des glaciers du Prazon et du Ruan, entre les monts Ruan et Tenneverges. Les deux Giffre, gonflés de dizaines de cascades, de torrents et de nants provenant de nombreux vallons annexes, s'unissent dans les pittoresques gorges des Tines. C'est ici que les versants opposés des deux cirques se rencontrent et referment presque totalement la vallée, formant une comme une haie: une "siz" en patois savoyard. Dans tous les premiers documents écrits, le nom de Sixt s’écrit « Siz ». Voilà une des hypothèses de l'origine du nom de Sixt. Après cette muraille fendue par le torrent, la vallée du Giffre s'élargit mollement vers Samoëns et Taninges, perdant le caractère si particulier de notre contrée: encaissé, sauvage, grandiose. La vallée du Giffre fut la seule des Préalpes du Nord à avoir été entièrement occupée par un glacier dont les effets ont été particulièrement puissants. L'origine de la puissance de ce glacier vient de la situation géographique particulière de ce massif en Europe: c'est en effet la première barrière rencontrée par les vents humides de l'ouest. Le niveau des précipitations y est toujours exceptionnel et les glaciers fortement alimentés en eau et en neige atteignaient un volume et une force unique dans les Préalpes. De là pouvaient descendre des masses de glace pouvant remplir toute la vallée du moyen Giffre jusqu’à une grande hauteur. L’énorme glacier du Buet rencontrait le glacier du Mont Ruan et du Prazon à Sixt et avançait dans la vallée. Ces glaciers ont laissé leur empreinte et l’on peut aujourd'hui admirer le Cirque des Fonts et le Cirque du Fer-à-Cheval, qui sont des spectacles uniques dans les Alpes occidentales parce que nulle part ailleurs de telles masses de calcaire n'ont été aux prises avec une aussi puissante érosion. D’autres vallées ou vallons de Sixt furent creusés par un glacier : la vallée en forme d’auge de Salles ou encore le vallon du glacier des Foilly. La vallée d’Anterne fut quant à elle façonnée par le glacier de l’Arve venu de la vallée de Chamonix, qui atteignait l’épaisseur de 1500 mètres à Servoz. Il débordait au-dessus du col d’Anterne (2260 m) et venait tailler les murailles des Fiz. Ces derniers sont les plus vertigineux des Préalpes. Le glacier du Buet, s'il remplissait la profonde vallée de Sixt, façonna d'une manière très différente la partie moyenne de la vallée du Giffre, de Samoëns à Taninges. C'est en effet une auge large et profonde, unique par ses dimensions: une largeur jamais inférieure au kilomètre sur 15 kilomètres de long. La différence entre ces deux formes glaciaires s'explique par la moindre résistance des roches rencontrées par le glacier après Sixt. Cet imposant glacier a creusé la vallée jusqu'à St-Jeoire. Cette singulière vallée du Giffre, offrant les plus magnifiques contrastes, bénéficie également des générosités de la nature: un climat rude et une puissante végétation. Les températures hivernales sont en moyenne inférieures à celles des autres vallées, ce qui a pour conséquence, au vingtième siècle, une moyenne de cinq mois d'enneigement à Sixt (mi-novembre, mi-avril). Les moyennes estivales sont quant à elles élevées. Dans la vallée de Sixt, les premiers foins sont coupés fin juin. Le niveau des précipitations est tout à fait exceptionnel. Pour une moyenne française inférieure à 1000 mm, il tombe 1520 mm à Samoëns (710 m d’altitude) et une moyenne de 2150 mm pour tout le Giffre, ce qui en fait le massif le plus arrosé des Alpes occidentales. Dans la vallée de Sixt, on remarque 3000 mm entre 2000 m et 2500 m d'altitude. Toujours pour le vingtième siècle, l’enneigement, du fait des précipitations et des températures, est particulièrement abondant: la moyenne annuelle à Sixt (763 m) est de 2 m 75 et de 12 m au-dessus de 1500 m. Les versants ouest du Buet et du Tenneverge reçoivent 18 à 20 m de neige fraîche chaque année. Le Giffre est donc l'une des rivières les mieux alimentées des Alpes françaises. Ces conditions climatiques font la richesse de cette végétation alpestre où l'épicéa est roi. Préhistoire À l'âge de la pierre taillée, la population alpestre, les chasseurs magdaléniens, vit surtout dans les plaines du Rhône et aux abords du plateau suisse du fait de la présence de glaciers dans les vallées. On retrouva une hachette de jade vert oublié par un chasseur de l'époque, à Mieussy, bourgade de la vallée du Giffre, à quelques kilomètres de Sixt. Un autre indigène, à l'âge des métaux, égara une hache de bronze près de Taninges à seulement 18 kilomètres de Sixt. Au fur et à mesure du repli des glaciers, l'Homme remonte les vallées, longeant les rivières. Entre 500 et 100 avant J.C., les Celtes descendent du "sud de l'Allemagne" et s'installent dans la région de Samoëns comme en témoignent des noms celtiques laissés à des vallées comme celle de Gers. Au début de notre ère, les Romains veulent conquérir le versant nord des Alpes pour servir de territoire-tampon entre leur Empire et les plus remuants des barbares. En 14 après J.C., les deux versants des Alpes reconnaissent la loi de l'empereur romain. Les noms romains fourmillent dans la vallée du Giffre: Mieussy, Taninges, Vigny... Mais au fur et à mesure que s'affaiblit le pouvoir central, le lien entre Rome et ses provinces éloignées des Alpes se relâche graduellement. À partir de 350, les invasions barbares du nord-est (Burgondes, Ostrogoths, Lombards) déferlèrent sur le massif alpin du nord au sud. Ils se sont glissés dans les vallées défrichées et ont laissé leurs sépultures à Mieussy, Taninges et Samoëns ainsi que quelques noms à consonance germanique. Au cinquième siècle, à la suite de ces invasions, les tribus du nord des Alpes retrouvent partiellement leur indépendance vis-à-vis de Rome: Genève devient la capitale du royaume Burgonde. Au début du sixième siècle, les Alpes passent sous la domination de l'envahisseur Franc. Jusqu'au neuvième siècle, la puissance de la monarchie franque ne cessera de s'accroître. En 774, Charlemagne étend encore sa puissance. Les Alpes et le reste de l'immense empire Franc se trouvent alors sous la domination d'un seul maître. Il divise l'ouest des Alpes en sept districts: Maurienne, Tarentaise, Faucigny, Chablais, Genevois, Albanais, Sapaudia (ancien nom de Savoie) La vallée du Giffre et la vallée de l'Arve sont confiées au notable chargé de gérer le district de Faucigny. En 888, la mort de Charles le Gros aboutit au démantèlement de l'immense empire de Charlemagne en quatre grands royaumes. - Royaume Franc de l'ouest - Royaume Franc de l'est - Italie - Lotharingie (les Alpes) qui se subdivise en deux: * Bourgogne cisjurane (Alpes du sud et Provence) * Bourgogne transjurane (Alpes du nord) En 1033, à la mort de Rodolphe III, le Royaume de Bourgogne perd son unité et de nombreuses vallées s'affranchissent en autant de seigneuries: ainsi fut constituée la féodalité. Les seigneurs les plus importants prennent rapidement l'ascendant sur leurs voisins moins puissants et forment alors de véritables petits royaumes, tels: - Les comtes de Savoie: (nord des Alpes) - Les comtes de Provence (sud des Alpes) - Les comtes d'Albon (le Dauphiné) Mais d'autres familles, tels les sires de Faucigny, parviennent à sauvegarder leur indépendance et à fonder un fief autonome. Les barons de Faucigny édifient leur château de Châtillon, rendent la justice pour leur compte, frappent leur monnaie et lèvent leurs impôts dans la vallée du Giffre et de L’Arve. Ponce de Faucigny Au douzième siècle, les Alpes convenaient parfaitement à l'expansion monastique et les Ordres nouveaux s'y fixèrent solidement, sans se laisser arrêter par l'âpreté des lieux, souvent même en le recherchant. Les colonies monastiques ainsi établies sur les terres des comtes de Savoie, de Genève ou des sires du Faucigny ont, en plus de leur rôle spirituel, tenu une place importante dans le mouvement de renaissance économique du douzième siècle. Ils servaient d'asile pour les voyageurs et portaient la vie et l'agriculture dans des vallées incultes. Dans les abbayes du 11e siècle au 14e siècle, on pratiqua l'art de l'écriture, et l'on s'occupa de jurisprudence et de littérature. C'est grâce à cette somme de documents préservés que l'on peut aujourd'hui écrire l'Histoire de Sixt. Vers 1130, Aymon Ier, surnommé le Pieux, seigneur du Faucigny (vallée du Giffre et de l'Arve), décide par piété de fonder un nouveau monastère de chanoines réguliers de l'ordre de Saint Augustin. Pour ce faire, il fait don à l'Abbaye d’Abondance, déjà établie dans le Chablais, de vastes territoires sauvages et incultes, presque entièrement couverts "de forêts infestées de bêtes sauvages", situés à la source du Giffre: la vallée de Sixt. Ponce de Faucigny, le propre frère du sire de Faucigny, entré dans la congrégation des chanoines de l'Abbaye d'Abondance et distingué pour ses connaissances et sa ferveur religieuse, fut choisi pour créer la nouvelle communauté. Celle-ci ne se compose pas de moines, d'ailleurs souvent laïcs, mais de quelques chanoines, membres à part entière du clergé, se devant de travailler de leurs mains, d'assurer le service. Celle-ci optera bien sûr pour la Règle de saint Augustin à laquelle Ponce ajoute quelques maximes personnelles. Cette Règle se définit par l'amour, la charité et la piété: elle était le christianisme dans sa plus pure expression, telle qu'il apparaît dans l'Évangile. C’est vers 1135 que Ponce de Faucigny, suivi de quelques religieux, parti fonder son monastère dans cette vallée perdue et inhabitée des Alpes, dont le nom était à peine connu. Il s'arrête à l’entrée de la vallée, au confluent du Giffre Haut, le torrent du Buet, et du Giffre bas, celui du Ruan. Aidé de quelques chanoines, il bâtit une chapelle et quelques huttes provisoires au lieu-dit la Chapelle. Mais ces fragiles installations seront emportées par une crue des deux Giffre. On décide alors de bâtir sur le côté droit du Giffre Bas. Grâce aux largesses de la maison d'Abondance, de la maison du Faucigny, et les pieuses offrandes des personnes dévotes, les premiers bâtiments furent élevés à grands frais et après de multiples difficultés. Neuf années plus tard, quand les édifices furent jugés suffisants pour établir une observance régulière, l'Abbaye d'Abondance éleva le monastère de Sixt en Abbaye et Ponce de Faucigny en fut le premier abbé en 1144. Placée sous la protection de la Vierge Marie avec la devise: Ecce ancilla Domini de Siz (Voici la servante du Seigneur de Sixt) L’abbaye de Sixt demeurera soumise à la direction temporelle et spirituelle de l’abbaye d'Abondance. En 1155, le Pape Adrien IV félicite dans une bulle, datée du 5 février, les deux abbayes pour leur ferveur religieuse, les encourage à persévérer et met sous la protection du Saint-Siège les personnes et les biens des deux congrégations. L'abbaye prospère grâce aux dotations et offrandes diverses et généreuses des religieux et notables de la vallée, soucieux de leurs vies célestes à venir. Elle reçoit même en donation, en 1167, l'église de Samoëns, ses dépendances et ses revenus, la paroisse devant être relativement ancienne et prospère. En 1171, Ponce de Faucigny quitte l’abbaye de Sixt, élu Abbé de l'Abbaye mère d'Abondance. Mais en 1175, se sentant vieillir, il se fait remplacer par Pierre Ier et redevient Abbé de l'abbaye de Sixt. Le Bienheureux Ponce de Faucigny quitte pour l'éternité l'abbaye de Sixt pour laquelle il avait tant œuvré le 26 novembre 1178. "Sa sainteté fut reconnue par les nombreuses faveurs obtenues à son tombeau" par les habitants de la vallée. Son "Culte immémorial" sera reconnu par l'Église le 15 décembre 1896. Le 10 et 11 juillet 1897, une grande fête aura lieu à Sixt, où seront retirées de son tombeau les reliques du Bienheureux et exposées à la vénération des fidèles. On conserve toujours précieusement en l'église de Sixt la mitre et la crosse du Bienheureux Ponce de Faucigny. Les Sizerets du XIIe Au XIIe siècle, il y avait peu de serfs au sens absolu du terme, mais les hommes étaient attachés à la glèbe, c'est-à-dire au sol sur lequel ils vivaient: ils se trouvaient alors taillables, corvéables et mainmortables. Ils payaient donc un impôt direct sur leurs biens: la taille; ils devaient un temps de travail: la corvée, et ils ne pouvaient transmettre de biens à leurs descendants: la mainmorte, et ce, toujours en faveur du seigneur de la contrée. Cependant, dans la vallée du Faucigny, il persistera une classe d'hommes libres, se soustrayant à cet esclavage, en se mettant sous la protection de maisons religieuses. L'Abbaye de Sixt accueillit ces colons, venus pour certains d'Allemagne, et leur alberge, c'est-à-dire, alloue des terres à perpétuité aux chefs de famille et à leurs descendants contre divers travaux et taxes en nature. À cette époque, peu de contrées voient leurs habitants "locataires à perpétuité" de leurs terres, avec le droit de transmission aux héritiers. Les Sizerets resteront donc attachés à leurs biens. On retrouve, tout au long des siècles et jusqu'à aujourd'hui, le nom des familles du village: Barbier, Moccand, Rannaud, Mogenier, Richard, Pin, Depassier, Ducroz, Deffayet, Denambride, ces derniers portant même pour certains, le nom de leur hameau: le Fayet, le Croz, Nambride... À cette époque, la vallée de Sixt est entièrement à défricher et les religieux craignent que les barons de Faucigny n'imposent les nouveaux colons de manière exorbitante par rapport à la dure nature du terrain qu'ils devaient occuper. Wilhelm, le successeur de Ponce et de Pierre à la tête de l'Abbaye de Sixt, signe avec Henri, seigneur de Faucigny, une déclaration en 1200 au château de Châtillon: L'abbé exploite les forêts et les lieux déserts et le prince accepte la liberté des colons. Henri de Faucigny se réserve toujours le droit de chasse sur ces terres. L'abbé possède la juridiction sur les hommes de Sixt. La vallée de Sixt est donc juridiquement autonome sous l'autorité du Prieur de l'Abbaye, seul habilité à recevoir les dîmes, la taille et autres taxes et loyers. Durant six siècles, il régnera une bonne harmonie entre la communauté religieuse et les communiers de Sixt, fiers de leur indépendance et de leur liberté relative. Les religieux apportent leurs prières, leur culture, une éducation scolaire et les Sizerets font fructifier la vallée et nourrissent ses habitants. Les villageois Vers 1265, la puissance de Pierre de Savoie est à son apogée; il annexe le Faucigny à la maison de Savoie en épousant Agnès, la fille du dernier sire de Faucigny. À sa mort en 1268, Pierre de Savoie laissait le Faucigny à sa fille Béatrice, épouse du Dauphin de Viennois. Le Faucigny est donc annexé aux terres du Dauphin de Viennois. En 1287, l'abbé rachète à la princesse Béatrix de Faucigny le droit de chasse dans la vallée de Sixt. En 1313, est passé le premier acte d'albergement de montagne, c'est-à-dire que l'Abbaye cède définitivement un territoire, en l'occurrence l'alpage des Fonts, à plusieurs particuliers. Ceci se fait en général contre une redevance en argent comptant ou une rente annuelle, ou quelques fois en nature. Les résidents de divers hameaux de la vallée, tels que Salvagny ou le Fay, Englène et le Mont, se sont regroupés en une association d’habitants pour « acheter » un pâturage auprès de l’abbaye. Cette nouvelle vie en communauté d'intérêts va unir les hommes et les contraindre à organiser avec l'aide des chanoines des réglementations pour fixer le jour de l'inalpage, l'exploitation équitable du fourrage ou du bois. En 1318, comme cela avait déjà été le cas en 1234, les "privilèges" des habitants de Sixt sont confirmés et la communauté montagnarde prospère. On compte en 1339, cent treize foyers, c'est-à-dire près de cinq cents habitants. Privés de chasse, ils ont défriché puis cultivé de nouveaux territoires. Ils deviennent agriculteurs et surtout éleveurs, et vendent leurs produits fromagers jusqu'à Genève. Dès cette époque, les Sizerets commencent à investir les alpages des Fonts, puis de Grasse-Chèvre, de Salles, de Commune et de la Vogealle En 1349, le Dauphiné est vendu par Humbert à Charles, petit-fils du roi de France, et le Faucigny passe donc sous la domination française. La France et la Maison de Savoie se disputent le Faucigny jusqu'au traité de Paris en 1354, où il réintègre la maison de Savoie en échange de territoires des environs de Grenoble. Territorialement, la Maison de Savoie se complète ainsi de façon progressive, il reste encore à ses souverains à absorber le comté de Genève, ce qui sera chose faite au début du XVe siècle. Peu de temps après, une ère de décadence est ouverte pour le Duché de Savoie, qui perdra successivement tous les avantages retirés d'une politique séculaire d'expansion territoriale. En 1418, l'Abbaye de Sixt a besoin de clôturer ses bâtiments pour respecter la règle de Saint-Augustin et vend, afin de trouver les fonds pour commencer les travaux, la montagne de Salles aux communiers de Salvagny, d'Englène et du Mont pour la somme de quatre cents florins d'or et le droit pour les chanoines de faire monter vingt-cinq bêtes chaque été. En 1469, disparaît le dernier des dix-neuf abbés conventuels, c'est-à-dire élus par ses pairs à la direction de l'Abbaye. Généralement choisi pour sa probité, son sens moral et surtout la profondeur de sa vie religieuse et spirituelle, l'abbé conventuel, assuré de la confiance des onze autres chanoines, saura faire prospérer la communauté villageoise et religieuse. L'exemplarité de la vie chrétienne monacale enrichira la communauté de nombreux dons, legs et largesses de la noblesse locale. Mais dorénavant l'abbé commendataire est nommé par le souverain, lequel impose ainsi un "protecteur" à l'Abbaye. Malheureusement, celui-ci sera généralement plus soucieux de toucher les rentes de sa nouvelle propriété que de participer à la vie religieuse. Il sera souvent un obstacle à la bonne marche de la maison, l'appauvrissant et brisant ainsi l'harmonie avec la communauté villageoise. La règle de Saint-Augustin sera petit à petit négligée et bafouée. Au début du XVIe siècle, Chambéry s'efface en tant que capitale du Duché de Savoie pour laisser la place à Turin. En 1536, le Duché de Savoie est assailli de toutes parts: les Français, les Bernois et les Valaisains se lancent à l'attaque de l'État savoyard. Cette situation aboutit à son démantèlement. Il ne reste plus à Charles III, que Verceil, une partie du Piémont de l'est, la Vallée d'Aoste et Nice. Tout l'ouest de la province, notamment le Faucigny, revient aux Français. En mars 1580, l'église de Samoëns, jusqu'ici sous l'autorité juridique et surtout financière de l'Abbaye de Sixt, obtient du pape Grégoire XIII, son érection en Collégiale et donc son autonomie financière avec le droit de percevoir la dîme. Mais les chanoines ne veulent pas se faire déposséder et, après procès devant le sénat de Savoie, l'Abbaye de Sixt obtient gain de cause et les deux tiers des revenus de la collégiale. À cette époque, les ressources agricoles de la Savoie, son commerce étriqué et le peu de circulation ne permettent plus à sa population en voie d'accroissement, de tirer du pays natal de quoi pourvoir à toute sa subsistance. C'est le montagnard surtout qui s'expatrie; le Faucigny vient en tête des contrées savoyardes où la terre ne peut nourrir tous ses habitants. À Sixt on assiste d'abord à l'émigration saisonnière, lorsque les hommes partent comme maçon ou tailleur de pierre vers les villes des vallées voisines. Deux années après l'éboulement de la pointe de Sales qui ne détruit heureusement que quelques dizaines de maisons et de granges, c'est l'éboulement, en 1602, de la Tête-Noire qui détruit ou endommage trois hameaux du Fer-à-Cheval. Il y cette fois-ci 26 chalets détruits, de nombreux animaux tués, mais fait surtout 57 morts. François de Salles Cette année-là, en 1602, François de Sales est nommé évêque de Genève. Son souci premier est de réveiller la piété des catholiques et surtout la dévotion des religieux. Invité par deux chanoines de Sixt à venir les visiter, il les prie de bien vouloir commencer par renvoyer du monastère toutes les femmes, parentes ou employées, et les assure de sa visite. Il vient une première fois en septembre 1603. Il réorganise l'établissement selon la règle de Saint Augustin, les offices, les sorties, les repas, l'habillement. Puis il se déplace, à pied, sur les lieux de la catastrophe de la Tête-Noire et assure les victimes de son secours. Bien vite, les efforts de l'évêque sont contrariés par l'abbé commendataire de Sixt soutenu par quelques chanoines rebelles. François de Sales utilisa sa patience et son pouvoir de conviction pour petit à petit remettre en ordre la congrégation de Sixt. Il fit une seconde visite en 1606, mais c'est en 1618 qu'il s'installe quatre jours à l'Abbaye, s'entretient en public ou en privé avec les religieux et fait écrire une règle stricte. Jusqu'à la fin de sa sainte vie, il suivra et encouragera les chanoines de Sixt dans leur retour à la piété. Il s'en suivit pour la vallée, un regain d'esprit religieux et l'édification dans les années qui suivirent de nombreuses chapelles: celle de Sales en 1616, celle de Salvagny en 1619, celle du Mont en 1621, celle de Nambride en 1638, celle du Fay en 1645. En 1655 débute une première exploitation des différents minerais, notamment de fer, de la vallée. Elle sera bien vite abandonnée. En 1680, un terrible incendie ravage l'Abbaye, détruit la bibliothèque et fait fondre les cloches de l'église. Vers la fin du XVIIe siècle, c'est à nouveau des périodes d'occupations françaises en Savoie, entrecoupées par une période où la Savoie sera sous contrôle Sarde. En 1713, une nouvelle tentative d'exploitation des minerais de Sixt voit le jour. Elle durera cinq années. "Le Rêve Minier" se poursuit. En 1722, les communiers de Sixt, ensemble, créent le Conseil de Communauté. Dirigé par un Syndic et un Conseiller élus parmi le Conseil pour une année non renouvelable. Le Syndic sortait du conseil après l'année de son année syndicale. En 1751 se termine un long conflit entre les chanoines de l'Abbaye et la communauté de Sixt au sujet de l'entretien des rives du Giffre: les religieux perdent leur procès. En 1760, le Conseil de la Communauté obtient, après de longues tractations avec le nouvel abbé François-Joseph Paernat de la Pallud, libéral et bienveillant, et avec l'accord de la royauté, leur affranchissement de toute taillabilité. Ils sont donc dispensés d'imposition "foncière". Il est reconnu la difficulté de cultiver cette terre aride et la royauté proroge sa propre renonciation d'imposition accordée par le seigneur du Faucigny en 1200. Les Sizerets ne paieront désormais plus que la dîme due à leur clergé et les loyers pour l'usage de terres ou propriétés propres à l’abbaye. Ce même abbé commendataire alberge, c'est à dire loue à perpétuité "son" abbaye aux chanoines de cette abbaye se réservant les droits honorifiques pour lui et ses successeurs ainsi qu'une rente annuelle de 1200 livres. Les Sizerets s'engagent à régler annuellement une taxe pour les pauvres que les chanoines avaient l'habitude de distribuer sur ses revenus. La communauté dédommagera l'abbé en lui versant la somme de huit mille livres, somme réunie par la vente de certains territoires communaux inexploités et par la participation de chacune des familles selon ses possibilités. Trente ans avant la Révolution française, les Sizerets sont des "propriétaires" affranchis. Les communiers devront toutefois continuer de payer la redevance sur les Hauts-Sièges c'est-à-dire les alpages. Mais la vie est dure pour les huit cents habitants de la vallée. Le territoire ne produit que la moitié du blé nécessaire aux 144 familles, et les fromages, notamment le Gratairon de Sixt et les produits laitiers produits par les six cents vaches sont principalement consommés sur place. Il n'y a que peu de terre plane et régulièrement inondée par les torrents pour cultiver les céréales et autres denrées agricoles. Chaque famille est de plus redevable de la dîme, taxe levée par l'Ordre de religieux. Celui-ci se monte à Sixt à onze pour cent de la récolte de grains ou de chanvre. Bien sûr, la géographie des lieux interdit toute expansion territoriale et les terres arables sont limitées. Dans cette vallée, les habitants, privés de toute autre ressource que celles de l'agriculture et de l'élevage, seront à peu près aussi nombreux durant ces siècles avec une moyenne de six à sept cents habitants. De plus, la région n'est pas sûre. Les forêts sont infestées de prédateurs s'attaquant aux troupeaux avec notamment des ours qui n'hésitent pas à affronter les hommes. Et enfin, la frontière commune avec le Valais permet le rapt de nombreux animaux. La montagne est dangereuse et tue régulièrement. On relève annuellement plusieurs accidents d'enfants ou d'adultes faisant une chute mortelle dans un ravin en surveillant un troupeau, en faisant les foins au-dessus des barres rocheuses ou en poursuivant un chamois. D’autres se noient parfois dans le Giffre ou dans tout autre torrent. En 1772, après un édit royal concernant l'éducation de chacun des enfants de France, les communiers de Sixt font une supplique au Roi pour lui demander, comme la commune est trop pauvre pour entretenir un instituteur, de transformer une taxe réservée à l'aumône, laquelle était très mal utilisée, en salaire pour un éducateur. La réponse négavive de l'Avocat Fiscal de Chambéry sera celle-ci: ...S'ils sont pauvres, eux et leurs enfants ont plus besoin de pain que de lecture. Il est plus avantageux pour l'État que les sujets restent pour cultiver la terre, ou y exercer des professions utiles qu'on apprend sans maître d'école... Depuis la création de l'Abbaye, les chanoines ont toujours professé un enseignement primaire et bien sûr religieux aux enfants du village. Un certain nombre d'entre eux sont même entrés dans les Ordres et d'autres ont poursuivi dans les voies juridiques ou universitaires. Les frères Deluc au Buet Jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, si les vallées sont défrichées et exploitées, les hauts sommets et les cimes effilées continuent d'être craints et ignorés. Les paysans montagnards n'osent guère s'aventurer au-dessus des alpages et seuls les chasseurs se risquent vers les crêtes à la poursuite d'un chamois. Il y a bien les cristalliers, mais ceux-ci ne semblent pas intéressés par la conquête du sommet, se contentant de redescendre leur butin des dangereuses parois d'où ils les ont extraits. Toutefois, les cols ont été de tout temps régulièrement fréquentés par des caravanes plus ou moins importantes de commerçants et de colporteurs, voire de trafiquants, favorisant l'échange de marchandise par delà les montagnes. Quant aux gens des plaines, la lointaine montagne leur inspire l'effroi et l'horreur. Un naturaliste du XVIIIe siècle, Scheutchzer, signale dans les alpes la présence de différentes espèces de dragons et un ambassadeur anglais en croyait les montagnes infestées. L'abbé Voisenon, académicien français, décrit ce qu'il voit en montagne: Tout ce qui caractérise la demeure d'un magicien malfaisant où la nature semble gémir de l'horreur qu'elle se fait à elle-même. Vers le milieu du XVIIIe siècle, deux courants d'idées portent les hommes vers la montagne: un courant littéraire et un courant scientifique. C'est le mouvement du retour à la nature et ce sont les auteurs "écologistes" de l'époque dont le plus célèbre fut Rousseau, qui ont, par leurs écrits, contribués à habiliter la montagne. En 1741, dans un salon genevois, quelques Anglais échangent leurs impressions de voyages aventureux en Égypte et en Asie avec leurs amis suisses. Nos intrépides Anglais, Richard Pococke à leurs têtes, aperçoivent de leurs fenêtres, de lointains sommets enneigés briller au soleil couchant. -What is it? Malgré les mises en garde de leurs amis suisses, nos anglais montent une expédition pour aller explorer la vallée de la "montagne maudite". Ils sont bien armés afin de pouvoir se défendre contre les dragons des glacières et contre les habitants soi-disant sauvages. Après trois jours de marche, nos huit explorateurs, suivis de cinq domestiques, installent leur énorme campement sur une rive de l'Arve en face d'un petit village dénommé "Chamouny". Sur l'autre rive, les indigènes s'inquiètent déjà. Une nuit passe et le prieur du couvent de Chamouny parlemente et bientôt tous seront réunis et feront connaissance. Dès le lendemain, l'expédition s'aventure alors sur un sentier muletier jusqu'au Montenvers: nos "intrépides" voyageurs découvrent l'aiguille Verte, les Drus, les Grandes Jorasses et un immense glacier... "on dirait une Mer de Glace!" L'image restera, l'expression aussi. De retour à Genève, "l'affaire" est racontée et largement commentée dans les journaux. Une mode est née et les premiers touristes "s'aventurent", accompagnés des premiers guides, jusqu'au fond des vallées méconnues. Pour les scientifiques, ce sont la géologie, la botanique mais surtout la physique qui les ont conduits dans les Alpes. Horace-Benedict de Saussure, genevois, a vingt ans en 1760 lorsqu'il vient, en Botaniste, pour la première fois dans la vallée de Chamonix. Il monte au Brévent avec un guide, Pierre Simon, et est subjugué par la beauté du Mont-Blanc. Avant de s'en retourner pour Genève, il fait annoncer dans chaque paroisse qu'il offre une forte récompense au premier conquérant du Mont-Blanc. Pour Saussure, à cette époque, ce sommet n'a encore qu'un intérêt secondaire et pour les Chamoniards, le projet n'est absolument pas sérieux. Ils s'en désintéressent totalement, du moins pour le moment. Ce sont les frères Deluc, deux physiciens genevois, fils d'un ami intime de Rousseau, qui, les premiers, graviront un sommet en « alpinistes, le Buet, depuis Sixt. Jean-André Deluc fait des: Recherches sur les Modifications de l'Atmosphère. C'est le titre de l'ouvrage qu'il fera publier. Il y fait une Etude critique de la technique de fabrication du baromètre et du thermomètre et de leur usage principalement pour la mesure des altitudes. Pour faire ses expériences sur "les variations de la chaleur de l'eau bouillante", c'est-à-dire démontrer qu'en altitude l'eau bout à moins de cent degrés, il a besoin d'un sommet élevé. De Genève, il aperçoit une montagne dont le sommet est enneigé et qui lui paraît accessible. Nous partîmes de Genève, mon frère et moi, le 24 août 1765, dirigeant d'abord notre route par St. Jeoire. En approchant de ce bourg, nous perdîmes de vue la montagne que nous allions chercher: mais nous avions déjà compris qu'il fallait gagner la vallée de Taninges. Tels des explorateurs, les frères Deluc partent à la conquête d'un sommet dont ils ne connaissent ni le nom, ni la manière d'accéder à sa base, et encore moins la voie pour le gravir. À Taninges encore, nous jugions que notre projet était facile: mais ensuite, plus nous approchâmes de la Montagne plus elle nous parut escarpée... ...La nuit s'approchait, et, en même temps, le chemin devenait plus difficile, de sorte que nous étions dans l'embarras, lorsque nous atteignîmes un paysan qui faisait la même route. Il nous apprit que le village de Sixt était au pied de notre Montagne et qu'il y allait lui-même... Nous arrivâmes de nuit après onze heures de marche. Il s'agissait de trouver un gîte. Notre guide ne nous en avait fait espérer que dans une Abbaye, composée de Chanoines qui sont Seigneurs du lieu. Mais le couvent était déjà fermé. Cependant, la nécessité nous enhardit: nous parvînmes à nous faire entendre, nous exposâmes nos besoins et nous fûmes accueillis avec toute l'hospitalité possible. Durant le dîner, les moines font venir un berger qui ne put les renseigner sur leur Montagne car les pâturages qu'il connaissait n'allaient pas à mi-hauteur de la Sommité. Le lendemain, il les guide jusqu'aux granges de Commune, où ils doivent trouver un berger plus instruit. Des granges ils grimpent avec difficultés sur les Frètes du Grenier de Commune à presque 2500 mètres d'altitude. Nous restâmes longtemps immobiles d'admiration autant que d'effroi. Le Mont-Blanc se présentait à nos yeux dans toute sa majesté: je ne dis pas trop, c'est l'expression qu'il inspire. Le précipice même qui arrêtait notre course était majestueux... ...Un pâturage riant [Les Fonts], parsemé de granges et entouré de bois, adoucissait l'horreur de ces lieux, dont les cascades qui s'y précipitaient de toute part du haut du rocher, troublaient seules le silence; les mugissements des troupeaux ne pouvaient parvenir jusqu'à nous. Mais il est plus de midi et il n'est plus temps de poursuivre. Par comble de malchance, Jean-André Deluc a cassé durant la montée le thermomètre qu'il avait spécialement construit pour son expérience sur les variations de la température de l'eau bouillante en altitude. Il n'effectue alors que quelques mesures barométriques. Ils redescendent à Sixt et le lendemain sont à Genève. Jean-André Deluc n'a pu faire ses expériences sur un sommet et renonce à l'aventure. Il fait alors imprimer son premier ouvrage traitant de l'histoire du thermomètre. Mais Deluc poursuit ses expériences et cela l'amène à émettre une nouvelle hypothèse: la température d'ébullition de l'eau décroît proportionnellement avec l'augmentation de l'altitude. Pour vérifier son postulat, il se prépare avec son frère à s'élever sur la Montagne de Sixt, dont il ne connaît toujours pas le nom, cinq années après leur première tentative. "Nous partîmes de Genève le 24 août 1770 de grand matin, conduits bien plus par le désir que par l'espérance." Jean-André Deluc se met en route avec son frère et un ami commun. Lors de leur précédente course, les guides leur avaient dit qu'il serait peut-être possible de gravir le sommet, en partant par le pâturage des Fonts, avec un chasseur de chamois. En effet, par ce côté, la dernière arête avant le sommet paraît moins escarpée. Arrivés à l'Abbaye, les moines leur apprennent que tous les hommes du village, notamment les chasseurs susceptibles de les conduire par la nouvelle route, sont dispersés dans la montagne pour les récoltes. Ils devront se contenter de leurs anciens guides et de la route qu'ils connaissent déjà. Nous partîmes de Sixt avec notre guide le 25 août à 4 heures du matin et nous arrivâmes, à 6 heures trente à la grange de l'Abbaye dans les pâturages des Communes... ...Nous y trouvâmes un domestique des Chanoines, jeune homme vigoureux, apprenti chasseur, qui nous promit de nous guider sur le glacier. Il fallut attendre qu'il eût fait son fromage du jour, ce qui nous fit perdre un peu de temps. Le nouveau guide n'est pas très expert, l'ami des Deluc a le vertige et l'un des guides le redescend aux Granges. Sur les névés, ils mettent les "crampons" que leur ont prêtés les moines, puis ils doivent escalader le rocher. Ils aperçoivent avec plaisir un chamois. C'est à nouveau à midi qu'ils arrivent sur les Frètes du Grenier de Commune. Comme il y a beaucoup de neige sur la Montagne, ils décident "d'aller faire l'expérience de l'eau bouillante" sur le Grenairon, au pied duquel ils se trouvent. Ce beau sommet secondaire (2700m) n'a jamais été gravi et "les guides doutent qu'il soit accessible" Sur les Frêtes ils trouvent des fossiles: "Ces morceaux sont intéressants pour la cosmologie." Ils commencent alors l'ascension du Grenairon. Ce rocher est coupé en divers endroits par de larges crevasses, dont quelques-unes étaient encore remplies de neige. En d'autres endroits, il présente des surfaces à pic, où quelques aspérités nous servaient d'échelons: partout il est difficile d'accès et nos guides renoncèrent un moment à nous suivre. Loin de nous décourager à ce refus, nous nous efforçâmes à franchir un passage difficile: leur amour propre les pressa de nous imiter; ils nous suivirent et nous parvînmes au sommet. C'est en cela que les frères Deluc font partie des premiers alpinistes, car ils s'aventurent vers un sommet vierge, devant des "autochtones" qui eux, s'arrêteront au-delà du domaine qu'ils connaissent. Parvenus au sommet, les frères entreprirent de faire un feu, aidés en cela par les guides, pour faire "l'expérience de l'eau bouillante"... ...lorsque notre chasseur, las de sa course, après s'être émerveillé un moment de ce que nous grimpions les rochers pour y faire bouillir de l'eau, ce qui lui paraissait bien ridicule, se jeta lourdement à terre et s'assit sur un de mes pieds, qui malheureusement portait à faux sur des rocailles. Au cri que je fis, il se releva; mais le mal état fait, il m'avait foulé le pied. Jean-André Deluc entreprend la descente du Grenairon, abandonnant une nouvelle fois l'idée de gravir le sommet de la montagne de Sixt. Je me traînai donc comme je pus, à l'aide de mon frère et d'un seul de nos guides: car celui-là même qui était la cause de ma douleur et de notre embarras nous quitta inhumainement, pour aller à ses fonctions du soir, rassembler et traire ses vaches. Peut-être aussi que ce ne fut chez lui que l'effet d'un mauvais raisonnement, qui surmontait sa pitié. Les hommes sont pour l'ordinaire bien plus mauvais raisonneurs que méchants. Le nôtre craignait son maître et n'imaginait rien au-dessus du seul devoir qu'il était accoutumé de remplir. La nuit les surprend sur les Frètes du Grenier de Commune et ils sont obligés de "bivouaquer". La nuit est froide et la cheville de Jean-André Deluc est douloureuse. Dès l'aube, ils redescendent pour les granges de Commune où ils font "l'expérience de l'eau bouillante". Alors, ils redescendent vers l'Abbaye où ils arrivent à midi le jour de la Fête de Sixt, à la sortie de la messe. Les Sizerets ne veulent pas croire les raisons avancées par les frères Deluc qui les poussent à gravir cette Montagne inviolée et les soupçonnent de chercher des mines d'or ou autres matériaux précieux. À force de le répéter, nous trouvâmes des gens qui nous comprîmes. On nous apprit que cette sommité que nous avions cherchée deux fois inutilement était le Glacier du Buet et qu'on pouvait nous y conduire. Certains chasseurs s'étaient aventurés au bas du Glacier pour poursuivre un chamois blessé. Mais Jean-André est handicapé par sa cheville et il n'est plus temps dans la saison de penser à une autre tentative et les explorateurs, après l'accident et le bivouac, ont perdu un peu de leur ardeur, et ils retournent à Genève. Après une période de mauvais temps, le "désir de retourner dans ces montagnes" les reprend. Pour la première fois, Jean-André Deluc ne parle pas "d'expérience" mais de "désir": C'est pour ces premiers Alpinistes l'appel des Sommets et en l'occurrence du Buet. La neige diminuant chaque jour sur les Montagnes de Sixt, et le baromètre se soutenant très haut, nous ne pûmes, malgré le souvenir de nos précédentes catastrophes, résister à l'espérance d'être plus heureux et au désir de l'éprouver. Nous partîmes donc pour la troisième fois le 20 septembre, par le plus beau temps." Mais en arrivant à Sixt, le baromètre a baissé. Ils font tout de même leurs préparatifs, aidés par les moines qui leur trouvent le chasseur "tant désiré". Et le soir même, ils partent, pour les Granges des Fonts. Nous partîmes de l'Abbaye à 2 heures de l'après-midi, chargés comme de coutume des bienfaits de messieurs les chanoines qui pourvoyaient toujours à nos besoins. Ils montent aux Fonts par le hameau de Salvagny pour coucher aux granges et partir dans la nuit. L'air était pur lorsque nous y arrivâmes; il était 4 heures et demi et le soleil éclairait encore une partie de cette solitude. Je ne saurais exprimer les sensations que nous éprouvâmes à cet aspect: nous ne pouvions cesser d'admirer et de nous le dire mutuellement. Ils sont au pied du Buet, à l’alpage des Fonts, à 1350 m d’altitude, et font une nouvelle fois "l'expérience de l'eau bouillante". Puis ils se promènent au pied de ce cirque naturel et les disciples de Rousseau méditent: C'est un recoin de la vie humaine bien peu connu, quoique bien digne d'occuper le Philosophe. On apprend dans ces lieux à quoi se réduisent les vrais besoins de l'homme; ce qu'il peut par la force de l'habitude; mais surtout on y apprend, dans quel doux calme est son âme lorsqu'il reste entre les mains de la Nature loin des spéculations des philosophes et du labyrinthe de la société. Le soir venu, nos aventuriers vont se coucher dans une grange non sans avoir consulté le baromètre qui a encore baissé. Pendant la nuit, ils furent réveillés par la pluie, le tonnerre et les puces. Ils passèrent le reste de la nuit autour du feu. Au matin, la pluie a cessé, mais le ciel est à demi-couvert et des lambeaux de brumes montent de la vallée. Ils décident d'attendre ici le retour du beau temps. L'après-midi, ils montent au pâturage de Grasse-Chèvre pour faire la fameuse expérience de l'eau bouillante. Nous passâmes la nuit aux Fonts, dans notre hutte et le lendemain matin, comme il continuait de pleuvoir et que le baromètre ne remontait point, nous prîmes le parti de redescendre à Sixt, comptant bien de continuer notre route vers Genève et bien chagrin d'avoir manqué pour la troisième fois le Glacier du Buet, surtout après nous être convaincu qu'il était accessible. De retour à l'Abbaye, nous voulions tout de suite monter à cheval, mais nous fûmes obligés de céder aux influences de messieurs les chanoines qui persistèrent à nous retenir ce jour-là. Le ciel redevint serein l'après-midi et nous étions prêts à nous remettre en marche pour la Montagne lorsqu'il se couvrit de nouveau. Tout semblait arrangé contre nous: le lendemain à la pointe du jour il faisait le plus beau temps du monde, et nous eûmes le plus vif regret de n'être pas montés le jour précédent... ...Jamais le baromètre ne fut tant consulté. Il monta enfin un peu et, sur le soir, nous repartîmes pour les Fonts. Nous ne songeâmes presque pas à dormir de toute la nuit: le plaisir de voir les étoiles qui nous présageaient un beau jour nous tenait éveillés et nous attirait souvent hors de notre cabane. Nous ne pûmes attendre le jour pour nous mettre en chemin: c'était le 25 septembre et il tardait trop à notre gré. Nous nous mîmes donc en marche à 4 heures et demi avec ce plaisir qu'on éprouve qu'après de grands obstacles. À 7 heures, ils font une nouvelle fois "l'expérience " au Plan de Léchaud. Le soleil se levait pour nous: l'air était calme et d'une sérénité inconnue dans la plaine. Puis, ils attaquent le glacier qui, à cette époque, descendait beaucoup plus bas qu'aujourd'hui. Jean-André Deluc décrit pour la première fois un paysage de haute montagne: Ce sentiment de profonde solitude était de ceux que nous démêlions le plus aisément... ...Il nous semblait réellement que nous étions suspendus dans l'air sur un de ces nuages. Et quel air! Jamais nous ne l'avions vu de cette couleur. Il était d'un bleu vif et foncé en même temps qui produisait une sorte de sentiment d'immensité qui est inexprimable. Il était près de midi, lorsqu’enfin nous arrivâmes au sommet... ...Nous eûmes à découvert l'immense chaîne des Alpes... ...Les détails, autant que l'ensemble auraient excité l'admiration de l'homme le plus indifférent. Alors, ils s'aperçoivent qu'ils sont sur une corniche de neige. Quel aspect pour des habitants de la plaine! Nous le considérions avec un étonnement mêlé d'effroi. Nous nous tenions l'un l'autre par nos habits en avançant la tête vers le précipice. Mais ils ont très froid et renoncent à faire "l'expérience de l'eau bouillante". Ils mesurent seulement l'altitude avec le baromètre: 9355 pieds, c'est-à-dire 3087 mètres pour 3095 mètres mesurés aujourd'hui! Après être restés trois quarts d'heure au sommet, ils redescendent un peu (environ 50 mètres) pour se mettre à l'abri et faire bouillir de l'eau. Puis ils redescendent de "la montagne du Glacier du Buet", sifflés par les marmottes et arrivent aux Fonts à 6 heures. Ils se reposent une demi-heure et repartent pour l'Abbaye à laquelle ils arrivèrent à 8 heures et demie. Le lendemain ils sont à Genève. Pour terminer son récit, Jean-André Deluc fait un petit topo, certainement le premier concernant un sommet élevé, pour d'éventuels aventuriers et conclut ainsi: Je souhaite que ces avis contribuent à procurer à quelques-uns de mes lecteurs le plaisir que nous avons éprouvé dans ce voyage: j'aurais regret que ces merveilles n'eussent pas d'autres admirateurs. Il faut remarquer l'extrême modestie des frères Deluc concernant leur exploit; ce qui ne sera pas toujours le cas d'autres alpinistes quelques décennies plus tard. Enfin, ils ont bousculé les tabous et les légendes concernant ces lieux maléfiques. La "Montagne du Glacier du Buet" sera, pour beaucoup de grands alpinistes, le prélude à de magnifiques "carrières". En 1772 les Frères Deluc vont retourner une nouvelle fois au Buet mais cette fois par le Collet d'Anterne puis le Plan de l'Eschaud. Le soir, ils couchent aux granges d'Anterne, accueillis par des montagnardes. La cabane n'offrant pas beaucoup de commodités, il fallut m'établir sur le bord d'un mur pour faire mon expérience: mon réchaud était placé, l'eau bouillait, j'étais occupé de mon observation. Je ne sais quoi ébranla le mur; le réchaud trébucha: je regarde avec émotion mon thermomètre... il était cassé. Je fis un cri qui ébranla ma cabane. C'était un reste de l'air de la plaine qui sortait de mes poumons; l'instant d'après, je ne respirais plus que celui de la montagne. Pendant le retour, pris par la nuit, les nuages et l'orage, ils manquent de se rompre le cou dans le précipice des Fonts et ne doivent leur salut qu'aux paysannes d'Anterne qui ont allumé sous la pluie un grand feu avec toute leur réserve de bois pourtant si rare dans ces contrées. Après avoir salué et récompensé les mérites des paysannes, il s'en veut d'avoir corrompu ces femmes et écrit: "Je me le reprocherais toujours, si Anterne pouvait devenir un lieu fréquenté." Il faudra attendre vingt et une années après la première course des Deluc au Buet pour que le plus haut des sommets d’Europe, le Mont-Blanc soit gravi. Le livre de Jean-André Deluc publié en 1772 a beaucoup de succès et l'on sait désormais que le Buet est "accessible". Horace B. de Saussure D'autres personnages vont entrer en lice pour la conquête du Buet. Le premier d'entre eux est Marc-Théodore Bourrit, le plus passionné des amoureux de la montagne. Il lui consacra sa vie et de nombreux ouvrages, pompeux à souhait, mais ne réussit jamais la course de sa vie: le Mont-Blanc. Il convoite plus que tout ce sommet et désire d'abord s'élever sur le Buet afin de trouver une voie d'accès pour un sommet nettement plus ambitieux: le Mont-Blanc. En 1774, Horace-Bénédict de Saussure retourne dans les Alpes pour chercher à établir une théorie sur leur formation. Il pense alors que, du haut de quelque sommet isolé, il en aura la révélation. Il songe alors à gravir le Buet que le livre des Deluc a rendu célèbre, et qui est le plus haut sommet de la région du Mont-Blanc à avoir déjà été conquis. C'est en compagnie de Marc-Théodore Bourrit que de Saussure va à Sixt pour repérer la voie utilisée par les frères Deluc pour gravir le Buet. Bourrit en fait le récit: Dans ce dessein ...nous profitons que nous sommes dans les environs de cette montagne avec M. le professeur de Saussure pour pousser ensemble jusqu'au pâturage des Fonts. Nous y fûmes et, considérant attentivement le Buet, la route scabreuse et escarpée qu'il fallait prendre pour y arriver, nous jugeâmes que son sommet serait toujours d'un accès difficile par là, si l'on n'avait la vigueur et la persévérance de MM Deluc. Les deux hommes renoncent. Après ce brillant hommage rendu à ses compatriotes genevois, Bourrit décide l'année suivante, en septembre 1775, de trouver une voie plus facile par le versant de Chamonix. Après avoir repéré le Buet depuis le col de Balme, au fond de la vallée de Chamonix, il engage des guides de cette vallée qui lui disent ne pas connaître ce nom. Il apprend que le sommet que l'on nomme Buet, sur le versant de Sixt, est appelé Mortine par les gens de Vallorcine. Et l’un des guides poursuit: Je me rappelle que les gens de Sixt donnent le nom de "Bovet" à un pâturage où ils envoient engraisser leurs "boeufs" et qui est situé au flanc de notre montagne. Peut-être ont-ils appelé du même nom le sommet de leur pâturage. Hypothèse plausible, car le terme Bovet (Boeuf, Bovin du latin bovis) est employé à cette époque et notamment sur une carte de 1790 sur laquelle le sommet est nommé: "Bovet ou Buet". Dans le récit de Deluc, les habitants de Sixt nomment le glacier: "Glacier du Buet" comme s'ils associaient le glacier à un lieu comme le pâturage du Buet, des bovets. J.F.Martin, dans son livre "Itinéraire de Sixt", écrit en 1821: Je crois devoir faire observer pour quelques lecteurs que j'entendrai également par le mot "montagnes" les pâturages situés au pied de diverses hauteurs qui tirent presque toujours leurs noms de l'endroit où sont situés les chalets. En 1775, Bourrit monte vers le Buet par le versant de Vallorcine avec ses guides. Le brouillard est sur la cime et ils renoncent à leur entreprise: ils ont tout de même trouvé une autre voie pour monter au sommet. Le beau temps revenu, il part la même année pour une nouvelle tentative. En six heures, ils sont au pied du glacier. Bourrit a un malaise et c’est appuyé sur ses guides, qu'il parvient au sommet. Ses compagnons s'esclaffent alors devant le sublime panorama: Ah Dieu! que le monde est grand! Bourrit fit l'excursion au moins six fois dans les années qui suivirent et dessina un panorama circulaire du Buet pour le livre de Saussure. Il laissera son nom à une immense pierre plate qui se trouve à quelques distances sous le sommet, où il avait l'habitude de se reposer: La Table au Chantre. Bourrit était le chantre, le chanteur lors des offices religieux de la cathédrale de Genève. En 1776, Horace-Bénédict Saussure décide de suivre la voie ouverte l'année précédente par Bourrit, par Vallorcine et le chalet de la Pierre à Bérard. Il va jusqu'au sommet. Il y retourne en 1778 et nous laisse un long récit: Nous partîmes de la Couteraie (près de Vallorcine) le 13 juillet de grand matin, montés sur nos mulets, car, quoiqu'on ne puisse s'en servir que dans l'espace de deux petites lieues, cette épargne de fatigue n'est point à mépriser quand on a devant soi une journée aussi pénible... ... Nous prenons la vallée qui conduit au col de Bérard par lequel on passe de Vallorcine à Sixt ou à Passy... ... Du haut de cette pente de neige, nous découvrons sur notre droite, la cime du Buet, qui, éclairée par le soleil, se voit distinctement et parait si voisine de nous, que ceux qui ne sont pas accoutumés aux illusions causées par la transparence de l'air des montagnes ne peuvent pas croire qu'il faille encore tant de fatigue pour y arriver. Enfin, après deux heures de marche aux pas de nos mulets, nous arrivons à la Pierre à Bérard, qui est un grand rocher plat, détaché de la montagne, sous lequel on a pratiqué une écurie pour vingt vaches, des lits pour les bergers et tout l'appareil de la fabrication du fromage (devenu aujourd'hui le refuge de Pierre à Bérard). Là, il faut laisser nos mulets et faire à pied le reste de la montée... ... Après deux heures d'une marche continue, mais pas trop accélérée, nous arrivons au pied d'un rocher dont la base présente des sièges naturels qui semblent inviter le voyageur à s'y reposer. Monsieur Bourrit, qui y dîna dans son premier voyage, lui a laissé son nom; les guides nomment cet endroit "la table au chantre". D'ici jusqu'au sommet, on monte toujours, ou en suivant de longues arêtes de rochers calcaires détruits et brisés à leur surface, ou en marchant sur des neiges qui remplissent les intervalles de ces arêtes... ... La rapidité de la pente des hautes sommités, et la trop grande mollesse ou la trop grande dureté de leur surface, ne sont pas les seules causes de la fatigue que l'on éprouve en les gravissant; la rareté de l'air, dès que l'on passe la hauteur de treize ou quatorze cents toises au-dessus de la mer, produit sur nos corps des effets très remarquables. L'un de ces effets, c'est que les forces musculaires s'épuisent avec une extrême promptitude... ... Si l'on persiste à faire des efforts, on est saisi par des palpitations et par des battements si rapides et si forts dans toutes les artères, que l'on tomberait en défaillance si on les augmentait encore en continuant de monter... ... Nous mîmes cinq heures et demie depuis la Pierre à Bérard où nous avions quitté nos mulets, jusqu'à la cime de la montagne. L'objet qui fixe d'abord les yeux de l'observateur placé sur la cime du Buet, c'est le Mont-Blanc... ...À l'est du Mont-Blanc, on voit l'Aiguille du Midi et les autres rochers en pyramide qui dominent la vallée de Chamouni, puis la haute cime du glacier d'Argentière, et plus loin, l'aiguille qui domine le glacier du Tour termine le vaste district des hautes Alpes de Chamouni. Les intervalles de ces hautes pyramides et de ces arêtes sont remplis de grands et magnifiques glaciers que l'on voit naître dans d'affreuses solitudes, entre des rochers noirs et stériles, et s'étendre de là jusque dans les basses vallées, au milieu des forêts et des pâturages... ... Nous séjournâmes sur la cime du Buet, environ deux heures; nous mîmes le double de ce temps à redescendre à la Poya et nous revînmes encore de là coucher à Chamouni où nous n'arrivâmes que vers les onze heures du soir. » En juin 1786, Jacques Balmat, chasseur de chamois, cristallier et mal vu des Chamoniards, rejoint deux cordées parties en direction du Mont-Blanc en vue de sa conquête. Il suit de loin les cinq montagnards. Mais bientôt, le brouillard tombe et Balmat perd la trace de ses compatriotes qui eux sont sur le chemin du retour. Il décide de poursuivre seul vers le sommet. Il se rend vite compte que rien ne pourra prouver qu'il a atteint son but et se doute que personne ne voudra le croire. Il décide donc de rebrousser chemin pour le moment et de remonter accompagné. Malheureusement, il est tard et doit bivouaquer dans la neige. De retour à Chamonix, personne ne le prend au sérieux lorsqu'il déclare connaître la voie qui mène au Mont-Blanc. Il affirme même avoir passé une nuit en haute montagne, ce qui passait pour l’époque totalement inconcevable. Deux mois plus tard, le docteur Paccard, obsédé lui aussi par cette montagne, est appelé au chevet de la fille malade de Balmat. Paccard propose alors à Balmat de l'accompagner là-haut, lui laissant sa part de récompense en échange de sa connaissance de la montagne. Le 8 août 1786, à 18h 23, le Mont-Blanc est vaincu après maintes difficultés et un bivouac organisé sur la montagne de la Côte. Au sommet, le docteur Paccard fait quelques mesures barométriques et autres... De retour à Chamonix, leur mésentente ternit un peu la beauté de la victoire et son retentissement médiatique. De Saussure fait une première tentative vers le sommet dans les semaines qui suivirent, mais ce n'est que l'année suivante, le 2 août 1787, qu'il parviendra jusqu'au Mont-Blanc, accompagné d'une immense caravane de près de vingt personnes pour lui porter son matériel scientifique. Il mesure l'humidité de l'air avec un hygromètre à cheveu de son invention, principe encore utilisé de nos jours; il détermine la température de l'eau bouillante à cette altitude, 80°, et, en mesurant la pression de l’air, calcule la hauteur, jusque-là ignorée, du sommet le plus haut d'Europe. Il trouve ce jour-là au sommet du Mont-Blanc une altitude de 4775 mètres, 30 mètres de moins que la valeur relevée de nos jours. La Révolution Française En 1788, Sixt compte neuf cent quatre-vingts habitants. Ceux-ci décident de construire une maison de Communauté pour le Conseil du même nom. En 1789, la Savoie est alors sous contrôle sarde et ne rentre pas de plain-pied dans la Révolution française. Elle est toutefois travaillée par une propagande française qui provoque des révoltes de plus en plus nombreuses. À l'Abbaye de Sixt, les difficultés ont vu le jour depuis 1738 ou d'incessants procès lui sont faits par certains pour s'affranchir de diverses dîmes et autres redevances. En 1789, un accord est passé entre les religieux et les communiers: La Dîme individuelle est remplacée par une taxe collectée par la Communauté et reversée à l'Abbaye. La taille est déjà abolie depuis 1760, et la dîme en nature est supprimée. Peu à peu, le conseil de Communauté se substitue à l'autorité de l'abbé. La révolution se fait en douceur à Sixt. Le 21 septembre 1792, en France, la République est proclamée par la Convention. Dans la nuit du 21 au 22 septembre, les troupes françaises sous le commandement du général Montesquiou envahissent la Savoie et font fuir les soldats sardes. Les "Libérateurs", annonciateurs de Liberté, d’Égalité et de Fraternité, sont accueillis avec allégresse. La Savoie devient le département du Mont-Blanc. Le 8 février 1793, les commissaires de la Convention supprimèrent les quatre évêchés de Savoie, et donc la fermeture de l'Abbaye de Sixt. Le clergé, quant à lui, devait prêter serment à la République. La grande majorité de celui-ci émigra, malgré mille dangers, en Suisse, en Allemagne, et surtout en Italie, où des communautés se regroupèrent. L'Abbaye de Sixt disparaissait alors après plus de six siècles de prière, de travail, de rayonnement culturel sous l'autorité de trente-trois abbés. La dizaine de chanoines partie, les sans-culottes de Samoëns pillèrent l'Abbaye. Ils brûlèrent, pendant deux jours, sur la place du village, livres, archives et ornements religieux. Les cloches furent descendues en vue d'être fondues et transformées en canons. Le tombeau du Bienheureux Ponce fut partiellement mutilé. La population de Sixt tenta, dans la mesure du possible, de sauver ce qui pouvait l'être. Certains purent retirer du feu quelques livres ou ornements. Mais surtout, le jeune Augustin Depassier prit le risque, de nuit, d'aller récupérer le Trésor de Sixt, entreposé temporairement dans le grenier de l'Abbaye. Ce trésor comportait des vases sacrés, l'ostensoir, l'encensoir et une navette en argent. Augustin Depassier s'aide d'une échelle et passe par une ouverture près du toit pour sauver l'essentiel. Soupçonné, il doit s'enfuir sur le Valais. Lorsqu'il pourra enfin rentrer, il se mariera et aura douze enfants. En mars 1793, la Convention réquisitionne les vivres et incorpore un certain nombre d'hommes de 18 à 40 ans pour se battre contre la coalition des Prusses, des Autrichiens, des Anglais, des Hollandais et des Espagnols. Les Savoyards sont amers. L'Abbaye de Sixt, ses terres et dépendances, devenues Biens nationaux, sont vendues à Pierre Milleret, notaire à Samoëns le 27 mai 1796. L’année suivante, celui-ci revend, non sans quelques plus-values, et partage les différentes parcelles de terre aux habitants du village et les bâtiments de l'abbaye à Joseph-Marie Joënnoz et André Cochet. Ce dernier en fit une modeste auberge. Le Village, dès lors, sans autorité vraiment reconnue et acceptée, pâtit de la non-gestion des terres et des forêts. En février 1801, le premier maire est élu: il s'appelle Claude-François Moccand. Il est surnommé le "philosophe" pour avoir, en son temps, négocié avec habilité les nombreux différends entre la communauté et les chanoines. C'est un passionné de nature et de géologie. C'est un chasseur renommé d'ours et de chamois. Il tua à lui seul sept ours, dont le dernier de la vallée. C'est pour ses connaissances de la région qu'Horace Bénédict Saussure l'avait engagé pour récolter des échantillons de roches aux endroits les plus difficiles. Il rassembla lui-même une belle collection de fossiles et de minéraux. Il fait voter de nouvelles réglementations pour un partage équitable des ressources communales: pâturages, alpages... L'enseignement des religieux ayant disparu, un instituteur est engagé et payé par la commune en février 1803. Chaque élève paiera néanmoins soixante centimes par mois. Le traitement des deux ministres du culte présents sur la paroisse est augmenté. La commune leur verse respectivement 500 et 400 francs. Il leur est alloué une somme pour l'achat et l’entretien du mobilier et des objets de culte. Les premiers touristes En 1804, le conseil municipal tente de rentrer en possession du trésor de Sixt, jalousement conservé par l'un ou l'autre des anciens chanoines de Sixt. L'un d'entre eux, le révérend Berthod, curé de Sixt, est chargé, après accord de la préfecture et du diocèse, de rassembler le Trésor et de le restituer à la paroisse. En 1805, la commune fait des travaux pour réhabiliter la maison communale pour pouvoir accueillir deux prêtres, se réservant une pièce pour la mairie et deux pour l'école primaire. L'évêché ayant demandé une nouvelle augmentation du traitement des deux ministres du Culte, un nouvel impôt est levé sur chaque vache, génisse, cheval ou mulet montant sur les alpages communaux de Sixt. En 1808, le conseil municipal crée un bureau de bienfaisance en faveur des quarante familles indigentes. En 1809, une nouvelle aventure minière commence à Sixt. Albanis Beaumont, célèbre auteur de la "Description des Alpes Grecques et Cottiennes", obtient, de l'Empire napoléonien, une concession d'exploitation des minerais de Sixt. Il a l'opportunité de racheter l'Abbaye et il y installe ses bureaux, ses ouvriers et son combustible, car il en faut beaucoup pour faire fondre le minerai et en récupérer le métal. Les gens de Sixt produisent depuis longtemps du charbon de bois de hêtre et de sapin qu'ils exportent vers Genève. Ce nouveau débouché est une aubaine pour les hommes du village. L'exploitation de la mine à ciel ouvert, le transport de matériaux, le travail dans les hauts-fourneaux sont autant de nouvelles sources de revenus pour les Sizerets. Malheureusement, la mort surprend Albanis Beaumont deux ans plus tard, et l'entreprise est vendue à une société, laquelle tente de poursuivre l'exploitation. L'effondrement de l'Empire napoléonien livre encore une fois la Savoie à l'occupation étrangère. En 1814, à la suite du premier traité de Paris, seule la partie est de la Savoie (Chablais, Faucigny, Tarentaise et Maurienne) passe sous le sceptre de Victor-Emmanuel 1er, roi de Sardaigne. Mais, après les cent jours, en 1815, la Savoie fut rétablie dans son unité et retourna au royaume sarde. À cette époque, les premiers touristes viennent découvrir les paysages bucoliques et romantiques des douces vallées paysannes et se faire peur au pied des horribles montagnes. Les très nombreux récits des premiers voyageurs sont publiés, dont celui de F.J. Martin et son "Itinéraire descriptif de la vallée de Sixt et du chemin qui y conduit" en 1821, celui de Joënnoz en 1828 avec son "Voyage dans une vallée des Alpes" et avec, bien sûr, les célèbres Nouvelles Genevoises de Toepffer en 1832 et ses deux récits tragico-comiques qui se passent sur la commune de Sixt. Le premier s'appelle le "Col d'Anterne" et relate avec un humour particulier sa randonnée avec deux Anglais et un guide entre Servoz et Sixt. Il commence son récit par une définition du touriste de l'époque: Un touriste veut des cimes, veut des cols, veut des aventures, des dangers, des miracles. Pourquoi? C'est sa nature. Ainsi qu'un âne n'imagine pas qu'on aille, du moulin au four, autrement que par le plus court, le plus plat, le meilleur chemin; ainsi, un touriste n'imagine pas davantage qu'on aille de Servoz à Genève autrement que par le plus long, le plus ardu, le plus détestable chemin. Les commis voyageurs, les marchands de fromages, les financiers et les vieilles gens font comme l'âne; les gens de lettres, les artistes, les Anglais et moi nous faisons comme le touriste. Les Anglais sont, déjà à cette époque, les premiers découvreurs des Alpes et Toepffer dresse le portrait humoristique de l'un d’eux: Ce touriste, je l'avais vu sur le seuil de l'auberge, à mon arrivée. C'était un gentleman de bonne mine, d'une mise aussi propre que recherchée, et de manières très distinguées, car il ne me rendit point le salut que je lui adressai en passant: c'est chez les Anglais bien élevés, un signe de bon ton, d'usage du monde. Les quatre voyageurs, malgré les avertissements du guide, sont pris dans la tempête au col d'Anterne, encore totalement enneigé en cette fin de mois de juin. Ils ne doivent leur salut qu'au sang-froid de leur guide qui creusera la neige pour faire un trou dans le toit d'un chalet parfaitement enseveli. Dans la seconde nouvelle, l'auteur décrit les rapports entre douaniers et contrebandiers. Les douaniers sont des hommes qui ont un uniforme, les mains crasseuses, et une pipe à la bouche. Assis au soleil, ils fainéantent jusqu'à ce que vienne à passer une voiture, qui ne passe devant eux que par cette raison justement qu'elle ne contient pas de trace de contrebande... ...Les contrebandiers sont des hommes armés jusqu'aux dents, et toujours disposés à piquer d'une balle un douanier qui aurait l'idée d'aller se promener sur le chemin qu'ils se sont réservé pour eux. Heureusement, les douaniers, qui se doutent de cette circonstance, ne se promènent pas, ou se promènent partout ailleurs. Cela m'a toujours paru un signe de tact chez les douaniers. Toepffer lui-même est capturé par des contrebandiers de poudre au lac de Gers. Ceux-ci lui laissent la vie sauve, mais l'attachent à un arbre. Un montagnard de passage refuse de le détacher et part chercher du secours. La maréchaussée arrive enfin, mais veut dresser un procès-verbal avant de le délivrer et part donc chercher deux témoins. Ce sera le curé de Sixt, accompagné d'une bonne partie des habitants du village, qui viendra le délier de son arbre. Les touristes moins intrépides visitaient le Fer-à-Cheval et écoutaient l'écho du coup de fusil tiré entre les magnifiques parois du cirque naturel; on allait voir la cascade du Rouget... L'été la vallée se remplit et plusieurs Sizerets se spécialisent dans le métier de guide. De 1830 à 1856, ils sont peu organisés, mais bientôt se regroupent en société et travaillent à tour de rôle. Sixt est alors fort connu et réputé, comme en témoignent les très nombreux guides touristiques, récits et ouvrages qui lui sont consacrés. Pour beaucoup d'habitants de la vallée, l'idée de venir de si loin pour visiter leur région leur est incompréhensible et ils soupçonnent tout voyageur d'être à la recherche de quelques trésor ou filon aurifère. En 1834 survient la mort du révérend Berthod, curé de Sixt depuis 1787. Il était l'un des dix derniers chanoines de l'Abbaye de Sixt. Expatrié pendant les évènements les plus violents de la Révolution française, il reprendra au plus tôt sa mission pastorale. Aimé et respecté de ses concitoyens, il est inhumé dans l'église paroissiale. Le sentiment religieux des habitants de Sixt ne s'est jamais démenti, comme le montre le nombre très élevé de croix de bois ou de pierre, d'oratoires ou de chapelles, disséminés sur tout le territoire et régulièrement entretenus et fleuris. Cette même année, Jacques Balmat, le premier vainqueur du Mont-Blanc, est de retour à Sixt à l'âge de soixante-douze ans. Cette fois-ci, il ne retourne pas au Buet, mais s'intéresse toujours à la recherche des cristaux, des minerais précieux et surtout de l'or. Il n'en a pas trouvé au Mont-Blanc comme il l'avait espéré, mais est persuadé d’en découvrir au cirque du Fer à cheval, dans un endroit malheureusement très difficile d'accès, notamment à cause d'un rocher calcaire pourri. Il disparaît au-dessus de vires escarpées, près du glacier du Ruan, dans des conditions mystérieuses. L'homme qui l'accompagnait ne put fournir d'explications satisfaisantes et l'on ne retrouvera jamais son corps. La légende de l'or à Balmat est toujours vivante. En 1836, 76 Sizerets émigrés à Paris font un don à l'église de Sixt. La population du village est de près de 1700 personnes répartie dans 298 foyers et nombreux sont ceux qui doivent émigrer. En 1842, le conseil municipal de Sixt examine le projet de construction d'un chemin reliant le village à Chamonix en passant par le col d'Anterne. La proposition est rejetée par le conseil selon l'idée très répandue que l'affluence d'étranger à la commune détournerait les habitants de leurs tâches rurales et risquerait ainsi d'altérer les bonnes mœurs. Pour la première fois, Sixt se protège des touristes. En 1846, une souscription de dix-neuf natifs de Salvagny vivant à Paris permet, ajoutée à celle des habitants du hameau, la création de l'école privée religieuse de Salvagny. Seuls les enfants des souscripteurs seront admis et, par solidarité, les enfants des familles pauvres de Salvagny. Il y aura deux classes, non mixtes, pour les enfants de six à dix ans, du 1er novembre au 15 mai, c'est-à-dire en dehors des périodes de travaux agricoles pendant lesquelles les familles montent dans les alpages. En 1853, faute de moyens, l'entreprise d'extraction et d'exploitation de la mine de fer, après avoir connu différents propriétaires, cesse définitivement ses activités. L'Abbaye est vendue une nouvelle fois aux enchères et transformée en Hôtel. Le 29 octobre 1853 parait dans le célèbre hebdomadaire national "L'Illustration" un brillant article de quatre pages, magnifiquement illustré de cinq gravures originales, dont un panorama du Buet. Lorsque ce journaliste vint pour la première fois vers 1830 découvrir le village, celui-ci ne recevait parait-il que quelques visiteurs par année dans... ..."une épouvantable auberge tenue ou non tenue par Mme Baud, la plus grosse, la plus grasse et la moins appétissante des hôtesses. Grâce à la fatigue, on dormait sur des lits de paille; mais on conservait un rude souvenir de sa cuisine par trop exempte de sensualité" Lors d'un nouveau voyage en Savoie, l'auteur revint sur Sixt, vingt ans plus tard, il est surpris... ...de trouver à l'hôtel nouveau du Fer-à-Cheval une table garnie de linge, d'argenterie, de cristaux, une cuisine parisienne, des chambres à cheminées et à alcôves, des lits dans ces alcôves, des matelas dans ces lits, de vrais et bons matelas; des meubles des toilettes, des glaces, des parquets en couleurs, frottés et luisants; enfin, tout le confort désirable dans cette vallée perdue. En jouissant de ce bien-être inusité... ...je pensais aux changements rapides que la civilisation va désormais introduire partout, et qui feront disparaître la rusticité sauvage de la vieille Suisse. Entre Mme baud et Mme Moccand, il n'y a que vingt ans d'intervalle, mais il y a toute une révolution dans la vallée. Le journaliste poursuit par une description minutieuse de la vallée et les différents itinéraires pour gravir ces sommets peu connus. Les touristes commencent à venir, dont bon nombre de célébrités, ainsi que de nombreux naturalistes, botanistes et géologues. Le Buet, désormais connu, son panorama étant largement diffusé par les guides ou la presse, est régulièrement visité. On ouvre même de nouvelles voies pour le conquérir: on en comptera bientôt plus de vingt. Sir Alfred Wills C'est en gravissant le Buet depuis Vallorcine, en août 1857, que Sir Alfred Wills découvre la vallée de Sixt lorsqu'il redescend par le site des Fonts. Sir Alfred Wills est Britannique, de Birmingham, mais domicilié à Londres où il exerce la profession d'avocat. Passionné de montagne, il fonde avec quelques compatriotes le premier club alpin au monde: The London Alpin Club. Il regroupe les amateurs de courses en montagne pour le seul plaisir que l'on peut en tirer: sans but lucratif ou scientifique. De 1850 à 1865, c'est l'âge d'or de l'alpinisme et des "Premières" dans les Alpes. Ce jour d'août 1857, il est accompagné de son guide de Chamouny, Auguste Balmat, le petit de neveu de Jacques Balmat, et d'un ami anglais, lorsqu'il est subjugué par le plateau des Fonts au pied du Buet. Il y revient deux jours après avec un autre ami, car il a décidé d'y construire un chalet. Un mois plus tard, en septembre, Sir Wills monte aux Fonts, où il retrouve huit ou neuf conseillers municipaux, auxquels il fait connaître ses intentions. Tous tombent d'accord et l'affaire semble entendue. Il est décidé de réunir le conseil pour le vote du dimanche suivant, après l'office. Malheureusement pour Sir Wills, le curé de Sixt voit d'un très mauvais œil l'arrivée de protestants dans sa paroisse. De plus, on craint toujours que l'arrivée d'étrangers à la vallée, et d'autant plus s'ils sont étranger au Pays, n'entraîne de profondes modifications des habitudes et des mentalités autochtones. Enfin, les habitants de Salvagny, remontés par le curé, font opposition à la venue de nouveaux occupants sur les terrains communaux des Fonts. Les mêmes familles se partagent depuis des siècles ces prés et ces forêts à la belle saison. On craint également que le nouveau venu construise un de ces grands hôtels comme ceux que l'on a vu fleurir à Chamonix, et qui viendrait défigurer la vallée et attirerait des hordes de touristes. Ce dimanche matin, après la messe, le conseil municipal délibère sur la délivrance d'un bail fort onéreux pour seulement trente années, assujetti à de nombreuses restrictions. Sept personnes sont contre et six pour. Le vote n'a pas lieu. Quelques semaines plus tard, sous la pression de plus hautes autorités, le conseil est à nouveau réuni et contraint à voter. Ce jour-là, il y a quatorze conseillers et les partis sont égaux avec sept voix chacun. C'est donc au responsable élu de ce conseil, le syndic, de faire pencher la balance. Celui-ci le fit en faveur du développement de la vallée par l'ouverture au monde et donc la venue d'étranger à Sixt. La séance, déjà houleuse, devient très mouvementée lorsqu’arrive le quinzième membre du conseil, défavorable au vote, qui avait été retardé comme on avait caché l'une de ses chaussures. Malgré les protestations, le vote est acquis. De nombreuses réclamations, pétitions, pressions retardent jusqu'en juillet 1958 l'acte de vente. Dès lors, les rancœurs semblent oubliées et c'est avec fanfare, délégation municipale et feu d'artifice que Sir Alfred Wills et son épouse sont accueillis le mois d'août suivant. Les travaux de construction du chalet commencent au printemps 1859, sous la direction d'Auguste Balmat. C’est en 1860 que la famille Wills viendra s'installer dans un très beau chalet baptisé alors: "Le Nid d'Aigle". Chaque saison, la famille investira les Fonts, recrutant quatre ou cinq employées de maison de Sixt. On y fera même monter un piano pour animer les soirées des nombreux invités. Sir Alfred et son fils vont explorer le massif du Buet pendant de nombreuses années. Il fera notamment en 1869 une course qui, aujourd'hui encore, étonne par l'endurance qu'elle exige: la traversée du massif du Buet et du Fer à cheval, depuis les Fonts jusqu'au Pic du Tenneverge et ce, en une seule étape, ce qui représente plus de onze heures de marche effective seulement pour la montée. Sir Alfred Wills écrira, comme il l'avait promis, un très beau livre vantant les charmes de la vallée de Sixt au monde entier. Il évoquera d'ailleurs la pointe de Salles de la plus belle façon: Un pic audacieux, point central du tableau, se présente ici pour la première fois, et c'est en vain que le touriste fouillera dans des souvenirs pour y chercher une plus grandiose image: on l'appelle la pointe de Salles. Cette sommité fait partie de l'immense paroi des Fyz et se termine par l'aiguille de Varens, grand mont dont le voyageur parcourt la base circulaire en se rendant de Saint-Martin à Chamouny. Plus encore que ceux de Golèze, ses rocs verticaux rappellent la forme d'une énorme vague couronnée d'écume; ils ont du rapport avec la Gemmi; mais la pointe de Salles l'emporte en hardiesse et en grandeur. Sa partie supérieure se dessine en contreforts, en bastions, en dents aiguës et enfin en pyramide irrégulière, dont un côté forme un précipice perpendiculaire de deux mille pieds de profondeur. À mesure qu'on s'en approche, cette grandiose apparition grandit, domine, menace et écrase ses admirateurs; ce bloc immense perce la nue et brave la tempête. Sa couleur habituelle est le brun clair; mais il semble plus que d'autres monts, doué de la merveilleuse faculté de varier ses teintes selon les diverses heures de la journée et de l'état de l'atmosphère. Avant le lever du soleil, plusieurs fois, je l'ai vu pâle et livide, comme un cadavre, froid et gris comme le Mont-Blanc lui-même ; l'astre du jour commençait-il à l'atteindre de ses premiers feux, il se parait de délicates, puis de riches nuances et baignait ses sourcilleuses arêtes de violet, de rose et d'or; à midi, il est bistré; mais c'est aux approches du soir qu'il revêt son plus riche manteau. Alors on le voit subir successivement les dégradations de lumière les plus étranges et les plus rapides; du doré, il passe au rouge vif, puis au rosé, à une légère teinte sépia, enfin, ses contours se confondent avec le sombre azur du crépuscule, et du monarque de la vallée il reste plus que l'imposant souvenir. Progressivement, la Savoie et le comté de Nice envisagent la nécessité de leur rapprochement avec la France, à leurs yeux, si bien gouvernée. Les 22 et 23 avril 1860, plus de 130.000 Savoyards votaient, dans une ambiance solennelle, pour leur rattachement à la France. Nice et Savoie sont donc françaises. En 1863, le sentier muletier reliant Sixt à Chamonix est exécuté. Nous sommes dans l'âge d'or de l'alpinisme. Dès lors, les "plus Grands" vont délaisser les massifs de Sixt pour aller "courir" plus haut! La compagnie des guides de Sixt disparaîtra, mais les visiteurs ne cesseront de croitre. La région est toujours prisée, comme le prouvent les nombreuses lithographies consacrées à Sixt. Le Buet lui-même, devenu "populaire" par le panorama qu'il offre, se "démocratise" et se laisse conquérir par les nombreux excursionnistes attirés par ce nouveau sport. "L'industrie touristique" est en train de naître. En 1883, Sixt reçoit le banquet annuel du Club Alpin français au Fer-à-Cheval En 1886, la commune de Sixt participe à hauteur de deux mille francs, à la construction du tramway Annemasse-Samoëns. En 1891, inauguration de la première cantine, c'est-à-dire buvette, au Fer-à-Cheval. En 1892, inauguration de la ligne du tramway Annemasse-Samoëns. Les visiteurs poursuivent alors en voiture à cheval jusqu'à la cascade du Rouget et le cirque du Fer-à-Cheval. De 1890 à 1897, les habitants de Sixt émettent deux souscriptions pour organiser le procès canonique du Bienheureux Ponce de Faucigny. Rome répond favorablement en avril 1897 et l'évènement est célébré dignement les 10 et 11 juillet. En 1899, un formidable personnage, Pierre Marie Moccand, surnommé Pierre au merle, crée son parc d'attractions: "Aux merveilles de la nature". Dans son café-musée, il présente les animaux empaillés de la région, des poteries et objets insolites ou pittoresques, des racines aux formes étranges ou reconnaissables. Il balise et aménage un sentier faisant découvrir les cascades environnantes. Il construira même un manège de bois, le Carrousel, près de son café, utilisant la motricité du torrent pour faire tourner ses occupants. Enfin, cet excellent photographe fera éditer en cartes postales bon nombre de ses meilleurs clichés. Les temps modernes En ce début de 20e siècle, l'ancienne abbaye, devenue l'Hôtel du Fer-à-Cheval et des Clubs Alpins, reçoit dignement les riches touristes de l'Europe entière. Son propriétaire, Joseph Rannaud, responsable de la section du Club Alpin de Sixt, sait mettre en valeur le patrimoine alpestre du village. Il en deviendra le maire. En 1904, Sixt implante son premier bureau de Poste. Plus de neuf cents cartes postales de Sixt sont éditées, entre 1900 et 1940, sur le petit bourg perdu au fond d'une profonde vallée. En 1910, le Chalet-Hôtel du Buet est inauguré. C'est le premier refuge d'altitude à Sixt. Alors que l'hôtel du Fer-à-Cheval et des Clubs Alpins reçoit les gens fortunés, surtout des Anglais, de nouveaux hôtels voient le jour: l'Hôtel du Lion d'Or, Beau Site, le Tenneverges… Une nouvelle génération de guides arrive avec Louis Raphet et ses fils. Louis Raphet n'hésite pas à emmener ses clients pour faire de véritables circuits en haute montagne en partant de Sixt et passer en Suisse puis revenir en France pour rejoindre l'Italie par les plus beaux cols et les plus beaux sommets, pour enfin s'en retourner à Sixt, après dix-sept jours de course. Ses deux fils lui succédèrent aussi brillamment jusque dans les années cinquante pour le second. ce dernier aura longtemps accompagné l'illustre géographe Robert Perret, lequel consacra dix années de sa vie à publier: "Les panoramas du Mont-Blanc". Le 21 mars 1912, une tragédie se produit au hameau Salvagny. Un imprudent renverse une lampe à pétrole dans son étable, laquelle s'embrase immédiatement. L'incendie se propage toute la nuit aux cinquante-huit chalets en bois du village. Au matin, quarante-huit familles sont ruinées. L'évènement est national et déclenche une vague de solidarité intercommunale. Soixante-douze, ville ou village participèrent à la reconstruction de Salvagny. Une alerte similaire avait déjà détruit quelques chalets vingt ans plus tôt et les habitants du hameau ont gardé une grande crainte de ces sinistres. En 1913, la commune de Sixt achète à la commune de Passy, située dans la vallée de L'Arve, au pied des Fiz, la montagne, les chalets, étables et fruitière d'Anterne. Ce territoire convoité depuis toujours par les Sizerets leur revient enfin. On vote, la même année, le budget pour construire un réseau d'arrivée d'eau vers les différents hameaux. 1914-1918 La Savoie est très touchée pendant la première guerre mondiale: elle perd plus de 4 % de sa population. Sixt perd une partie de ses hommes et de sa jeunesse. En 1924, J.M. Mogenier ouvre un refuge aux Fonts. En 1931, est fondée la Société des Sports du Fer à cheval, le premier Ski club de la commune. En 1932, la ligne de Chemin de fer Economique du Nord, C.E.N., est électrifiée et prolongée d’Annemasse jusque Sixt. Les touristes pourront enfin prendre une seule correspondance depuis Paris. Le train peut aller jusqu'à soixante kilomètres/heure En 1934, Sixt reçoit les Etats Généraux du tourisme. À partir de 1937, de sérieux problèmes retiennent l'attention: l'Italie de Mussolini convoite Nice et la Savoie et occupe la Haute-Tarentaise et Menton en 1940. Le 8 novembre 1942, le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord donne un prétexte aux Allemands et aux Italiens pour envahir la zone libre. À cette date, le Dauphiné, la Savoie, Nice et la Corse passent sous contrôle italien. Dix mois plus tard, les Allemands prennent à leur compte la zone italienne et occupent la région. Les groupes de résistants français s'organisent. Le 19 aout 1944, La Savoie est déclarée libérée. Enfin, au printemps 1945, les troupes françaises achèvent la libération des derniers cols alpestres. La France commence à panser ses plaies. 1946 - C’est la première colonie de vacances Vaillance et Sourire dans deux granges de Salvagny... ...mais cela, c'est une autre Histoire. Sommaire du site

  • Vaillance et Sourire | Colonie | Sixt

    Vaillance et Sourire, le site de la colonie de l'abbé Pierre Cesné à Sixt. Le Buet, Anterne, la pointe de Salles, le Fer-à-Cheval, le Rouget, Salvagny. À propos Vaillance et Sourire : découvrez l'histoire de la colonie de vacances de l'abbé Cesné, à Salvagny, dans la superbe vallée de Sixt-fer-à-cheval. L'épopée de Vaillance et Sourire a évolué au plus près de l'Histoire des Français tout au long du vingtième siècle. Vaillance et Sourire, c'est aussi l'histoire d'un homme, le Père Cesné, un prêtre qui s'est donné avec volonté, passion et foi à son pays et à chaque enfant de sa colonie. Pour beaucoup, Vaillance et Sourire aura été une période formatrice, des moments riches de rencontres, une parenthèse heureuse. Nos souvenirs à Vaillance et Sourire sont à part. Ils relient tous ceux qui ont vécu un temps à Salvagny. Sommaire Qui suis-je ? Je me nomme Bruno Courtois. Je suis né en 1960. De 1977 à 1981, en juillet, j'ai été animateur à la colonie Vaillance et Sourire à Sixt. Depuis 1980 je collecte des informations et des documents sur l'extraordinaire histoire de cette association. Il est temps pour moi de partager et de faire découvrir la richesse de cette histoire à travers ces nombreux documents. Chacun de nous a connu son Vaillance et Sourire. Découvrez les cinquante années d'histoire de notre colonie. Sommaire Un site pour Vaillance et Sourire Un site pour Vaillance et Sourire permet de présenter les documents déjà collectés tout en offrant la possibilité d'enrichir ces collections au fur et à mesure de l'avancement des recherches . Un site permet de compléter cette présentation avec vos documents, vos anecdotes, vos histoires. Ce site est donc le site de chacun de nous. Le site Vaillance et Sourire est en construction pour un long moment encore et vous voudrez bien excuser les erreurs et les dysfonctionnements de cette application que je tente de construire en simple amateur. Je compte sur vous pour m'indiquer les points à corriger. L'administrateur du site. Sommaire

  • Les premiers touristes | Vaillance et Sourire

    Histoire de Sixt Fer à cheval et du Buet Histoire de Sixt et du Buet Les premiers touristes En 1804, le conseil municipal tente de rentrer en possession du trésor de Sixt, jalousement conservé par l'un ou l'autre des anciens chanoines de Sixt. L'un d'entre eux, le révérend Berthod, curé de Sixt, est chargé, après accord de la préfecture et du diocèse, de rassembler le Trésor et de le restituer à la paroisse. En 1805, la commune fait des travaux pour réhabiliter la maison communale pour pouvoir accueillir deux prêtres, se réservant une pièce pour la mairie et deux pour l'école primaire. L'évêché ayant demandé une nouvelle augmentation du traitement des deux ministres du Culte, un nouvel impôt est levé sur chaque vache, génisse, cheval ou mulet montant sur les alpages communaux de Sixt. En 1808, le conseil municipal crée un bureau de bienfaisance en faveur des quarante familles indigentes. En 1809, une nouvelle aventure minière commence à Sixt. Albanis Beaumont, célèbre auteur de la "Description des Alpes Grecques et Cottiennes", obtient, de l'Empire napoléonien, une concession d'exploitation des minerais de Sixt. Il a l'opportunité de racheter l'Abbaye et il y installe ses bureaux, ses ouvriers et son combustible, car il en faut beaucoup pour faire fondre le minerai et en récupérer le métal. Les gens de Sixt produisent depuis longtemps du charbon de bois de hêtre et de sapin qu'ils exportent vers Genève. Ce nouveau débouché est une aubaine pour les hommes du village. L'exploitation de la mine à ciel ouvert, le transport de matériaux, le travail dans les hauts-fourneaux sont autant de nouvelles sources de revenus pour les Sizerets. Malheureusement, la mort surprend Albanis Beaumont deux ans plus tard, et l'entreprise est vendue à une société, laquelle tente de poursuivre l'exploitation. L'effondrement de l'Empire napoléonien livre encore une fois la Savoie à l'occupation étrangère. En 1814, à la suite du premier traité de Paris, seule la partie est de la Savoie (Chablais, Faucigny, Tarentaise et Maurienne) passe sous le sceptre de Victor-Emmanuel 1er, roi de Sardaigne. Mais, après les cent jours, en 1815, la Savoie fut rétablie dans son unité et retourna au royaume sarde. À cette époque, les premiers touristes viennent découvrir les paysages bucoliques et romantiques des douces vallées paysannes et se faire peur au pied des horribles montagnes. Les très nombreux récits des premiers voyageurs sont publiés, dont celui de F.J. Martin et son "Itinéraire descriptif de la vallée de Sixt et du chemin qui y conduit" en 1821, celui de Joënnoz en 1828 avec son "Voyage dans une vallée des Alpes" et avec, bien sûr, les célèbres Nouvelles Genevoises de Toepffer en 1832 et ses deux récits tragico-comiques qui se passent sur la commune de Sixt. Le premier s'appelle le "Col d'Anterne" et relate avec un humour particulier sa randonnée avec deux Anglais et un guide entre Servoz et Sixt. Il commence son récit par une définition du touriste de l'époque: Un touriste veut des cimes, veut des cols, veut des aventures, des dangers, des miracles. Pourquoi? C'est sa nature. Ainsi qu'un âne n'imagine pas qu'on aille, du moulin au four, autrement que par le plus court, le plus plat, le meilleur chemin; ainsi, un touriste n'imagine pas davantage qu'on aille de Servoz à Genève autrement que par le plus long, le plus ardu, le plus détestable chemin. Les commis voyageurs, les marchands de fromages, les financiers et les vieilles gens font comme l'âne; les gens de lettres, les artistes, les Anglais et moi nous faisons comme le touriste. Les Anglais sont, déjà à cette époque, les premiers découvreurs des Alpes et Toepffer dresse le portrait humoristique de l'un d’eux: Ce touriste, je l'avais vu sur le seuil de l'auberge, à mon arrivée. C'était un gentleman de bonne mine, d'une mise aussi propre que recherchée, et de manières très distinguées, car il ne me rendit point le salut que je lui adressai en passant: c'est chez les Anglais bien élevés, un signe de bon ton, d'usage du monde. Les quatre voyageurs, malgré les avertissements du guide, sont pris dans la tempête au col d'Anterne, encore totalement enneigé en cette fin de mois de juin. Ils ne doivent leur salut qu'au sang-froid de leur guide qui creusera la neige pour faire un trou dans le toit d'un chalet parfaitement enseveli. Dans la seconde nouvelle, l'auteur décrit les rapports entre douaniers et contrebandiers. Les douaniers sont des hommes qui ont un uniforme, les mains crasseuses, et une pipe à la bouche. Assis au soleil, ils fainéantent jusqu'à ce que vienne à passer une voiture, qui ne passe devant eux que par cette raison justement qu'elle ne contient pas de trace de contrebande... ...Les contrebandiers sont des hommes armés jusqu'aux dents, et toujours disposés à piquer d'une balle un douanier qui aurait l'idée d'aller se promener sur le chemin qu'ils se sont réservé pour eux. Heureusement, les douaniers, qui se doutent de cette circonstance, ne se promènent pas, ou se promènent partout ailleurs. Cela m'a toujours paru un signe de tact chez les douaniers. Toepffer lui-même est capturé par des contrebandiers de poudre au lac de Gers. Ceux-ci lui laissent la vie sauve, mais l'attachent à un arbre. Un montagnard de passage refuse de le détacher et part chercher du secours. La maréchaussée arrive enfin, mais veut dresser un procès-verbal avant de le délivrer et part donc chercher deux témoins. Ce sera le curé de Sixt, accompagné d'une bonne partie des habitants du village, qui viendra le délier de son arbre. Les touristes moins intrépides visitaient le Fer-à-Cheval et écoutaient l'écho du coup de fusil tiré entre les magnifiques parois du cirque naturel; on allait voir la cascade du Rouget... L'été la vallée se remplit et plusieurs Sizerets se spécialisent dans le métier de guide. De 1830 à 1856, ils sont peu organisés, mais bientôt se regroupent en société et travaillent à tour de rôle. Sixt est alors fort connu et réputé, comme en témoignent les très nombreux guides touristiques, récits et ouvrages qui lui sont consacrés. Pour beaucoup d'habitants de la vallée, l'idée de venir de si loin pour visiter leur région leur est incompréhensible et ils soupçonnent tout voyageur d'être à la recherche de quelques trésor ou filon aurifère. En 1834 survient la mort du révérend Berthod, curé de Sixt depuis 1787. Il était l'un des dix derniers chanoines de l'Abbaye de Sixt. Expatrié pendant les évènements les plus violents de la Révolution française, il reprendra au plus tôt sa mission pastorale. Aimé et respecté de ses concitoyens, il est inhumé dans l'église paroissiale. Le sentiment religieux des habitants de Sixt ne s'est jamais démenti, comme le montre le nombre très élevé de croix de bois ou de pierre, d'oratoires ou de chapelles, disséminés sur tout le territoire et régulièrement entretenus et fleuris. Cette même année, Jacques Balmat, le premier vainqueur du Mont-Blanc, est de retour à Sixt à l'âge de soixante-douze ans. Cette fois-ci, il ne retourne pas au Buet, mais s'intéresse toujours à la recherche des cristaux, des minerais précieux et surtout de l'or. Il n'en a pas trouvé au Mont-Blanc comme il l'avait espéré, mais est persuadé d’en découvrir au cirque du Fer à cheval, dans un endroit malheureusement très difficile d'accès, notamment à cause d'un rocher calcaire pourri. Il disparaît au-dessus de vires escarpées, près du glacier du Ruan, dans des conditions mystérieuses. L'homme qui l'accompagnait ne put fournir d'explications satisfaisantes et l'on ne retrouvera jamais son corps. La légende de l'or à Balmat est toujours vivante. En 1836, 76 Sizerets émigrés à Paris font un don à l'église de Sixt. La population du village est de près de 1700 personnes répartie dans 298 foyers et nombreux sont ceux qui doivent émigrer. En 1842, le conseil municipal de Sixt examine le projet de construction d'un chemin reliant le village à Chamonix en passant par le col d'Anterne. La proposition est rejetée par le conseil selon l'idée très répandue que l'affluence d'étranger à la commune détournerait les habitants de leurs tâches rurales et risquerait ainsi d'altérer les bonnes mœurs. Pour la première fois, Sixt se protège des touristes. En 1846, une souscription de dix-neuf natifs de Salvagny vivant à Paris permet, ajoutée à celle des habitants du hameau, la création de l'école privée religieuse de Salvagny. Seuls les enfants des souscripteurs seront admis et, par solidarité, les enfants des familles pauvres de Salvagny. Il y aura deux classes, non mixtes, pour les enfants de six à dix ans, du 1er novembre au 15 mai, c'est-à-dire en dehors des périodes de travaux agricoles pendant lesquelles les familles montent dans les alpages. En 1853, faute de moyens, l'entreprise d'extraction et d'exploitation de la mine de fer, après avoir connu différents propriétaires, cesse définitivement ses activités. L'Abbaye est vendue une nouvelle fois aux enchères et transformée en Hôtel. Le 29 octobre 1853 parait dans le célèbre hebdomadaire national "L'Illustration" un brillant article de quatre pages, magnifiquement illustré de cinq gravures originales, dont un panorama du Buet. Lorsque ce journaliste vint pour la première fois vers 1830 découvrir le village, celui-ci ne recevait parait-il que quelques visiteurs par année dans... ..."une épouvantable auberge tenue ou non tenue par Mme Baud, la plus grosse, la plus grasse et la moins appétissante des hôtesses. Grâce à la fatigue, on dormait sur des lits de paille; mais on conservait un rude souvenir de sa cuisine par trop exempte de sensualité" Lors d'un nouveau voyage en Savoie, l'auteur revint sur Sixt, vingt ans plus tard, il est surpris... ...de trouver à l'hôtel nouveau du Fer-à-Cheval une table garnie de linge, d'argenterie, de cristaux, une cuisine parisienne, des chambres à cheminées et à alcôves, des lits dans ces alcôves, des matelas dans ces lits, de vrais et bons matelas; des meubles des toilettes, des glaces, des parquets en couleurs, frottés et luisants; enfin, tout le confort désirable dans cette vallée perdue. En jouissant de ce bien-être inusité... ...je pensais aux changements rapides que la civilisation va désormais introduire partout, et qui feront disparaître la rusticité sauvage de la vieille Suisse. Entre Mme baud et Mme Moccand, il n'y a que vingt ans d'intervalle, mais il y a toute une révolution dans la vallée. Le journaliste poursuit par une description minutieuse de la vallée et les différents itinéraires pour gravir ces sommets peu connus. Les touristes commencent à venir, dont bon nombre de célébrités, ainsi que de nombreux naturalistes, botanistes et géologues. Le Buet, désormais connu, son panorama étant largement diffusé par les guides ou la presse, est régulièrement visité. On ouvre même de nouvelles voies pour le conquérir: on en comptera bientôt plus de vingt. Table des matières Paragraphe suivant Sixt Préhistoire

  • Sir Alfred Wills | Vaillance et Sourire

    Histoire de Sixt Fer à cheval et du Buet Histoire de Sixt et du Buet Sir Alfred Wills C'est en gravissant le Buet depuis Vallorcine, en août 1857, que Sir Alfred Wills découvre la vallée de Sixt lorsqu'il redescend par le site des Fonts. Sir Alfred Wills est Britannique, de Birmingham, mais domicilié à Londres où il exerce la profession d'avocat. Passionné de montagne, il fonde avec quelques compatriotes le premier club alpin au monde: The London Alpin Club. Il regroupe les amateurs de courses en montagne pour le seul plaisir que l'on peut en tirer: sans but lucratif ou scientifique. De 1850 à 1865, c'est l'âge d'or de l'alpinisme et des "Premières" dans les Alpes. Ce jour d'août 1857, il est accompagné de son guide de Chamouny, Auguste Balmat, le petit de neveu de Jacques Balmat, et d'un ami anglais, lorsqu'il est subjugué par le plateau des Fonts au pied du Buet. Il y revient deux jours après avec un autre ami, car il a décidé d'y construire un chalet. Un mois plus tard, en septembre, Sir Wills monte aux Fonts, où il retrouve huit ou neuf conseillers municipaux, auxquels il fait connaître ses intentions. Tous tombent d'accord et l'affaire semble entendue. Il est décidé de réunir le conseil pour le vote du dimanche suivant, après l'office. Malheureusement pour Sir Wills, le curé de Sixt voit d'un très mauvais œil l'arrivée de protestants dans sa paroisse. De plus, on craint toujours que l'arrivée d'étrangers à la vallée, et d'autant plus s'ils sont étranger au Pays, n'entraîne de profondes modifications des habitudes et des mentalités autochtones. Enfin, les habitants de Salvagny, remontés par le curé, font opposition à la venue de nouveaux occupants sur les terrains communaux des Fonts. Les mêmes familles se partagent depuis des siècles ces prés et ces forêts à la belle saison. On craint également que le nouveau venu construise un de ces grands hôtels comme ceux que l'on a vu fleurir à Chamonix, et qui viendrait défigurer la vallée et attirerait des hordes de touristes. Ce dimanche matin, après la messe, le conseil municipal délibère sur la délivrance d'un bail fort onéreux pour seulement trente années, assujetti à de nombreuses restrictions. Sept personnes sont contre et six pour. Le vote n'a pas lieu. Quelques semaines plus tard, sous la pression de plus hautes autorités, le conseil est à nouveau réuni et contraint à voter. Ce jour-là, il y a quatorze conseillers et les partis sont égaux avec sept voix chacun. C'est donc au responsable élu de ce conseil, le syndic, de faire pencher la balance. Celui-ci le fit en faveur du développement de la vallée par l'ouverture au monde et donc la venue d'étranger à Sixt. La séance, déjà houleuse, devient très mouvementée lorsqu’arrive le quinzième membre du conseil, défavorable au vote, qui avait été retardé comme on avait caché l'une de ses chaussures. Malgré les protestations, le vote est acquis. De nombreuses réclamations, pétitions, pressions retardent jusqu'en juillet 1958 l'acte de vente. Dès lors, les rancœurs semblent oubliées et c'est avec fanfare, délégation municipale et feu d'artifice que Sir Alfred Wills et son épouse sont accueillis le mois d'août suivant. Les travaux de construction du chalet commencent au printemps 1859, sous la direction d'Auguste Balmat. C’est en 1860 que la famille Wills viendra s'installer dans un très beau chalet baptisé alors: "Le Nid d'Aigle". Chaque saison, la famille investira les Fonts, recrutant quatre ou cinq employées de maison de Sixt. On y fera même monter un piano pour animer les soirées des nombreux invités. Sir Alfred et son fils vont explorer le massif du Buet pendant de nombreuses années. Il fera notamment en 1869 une course qui, aujourd'hui encore, étonne par l'endurance qu'elle exige: la traversée du massif du Buet et du Fer à cheval, depuis les Fonts jusqu'au Pic du Tenneverge et ce, en une seule étape, ce qui représente plus de onze heures de marche effective seulement pour la montée. Sir Alfred Wills écrira, comme il l'avait promis, un très beau livre vantant les charmes de la vallée de Sixt au monde entier. Il évoquera d'ailleurs la pointe de Salles de la plus belle façon: Un pic audacieux, point central du tableau, se présente ici pour la première fois, et c'est en vain que le touriste fouillera dans des souvenirs pour y chercher une plus grandiose image: on l'appelle la pointe de Salles. Cette sommité fait partie de l'immense paroi des Fyz et se termine par l'aiguille de Varens, grand mont dont le voyageur parcourt la base circulaire en se rendant de Saint-Martin à Chamouny. Plus encore que ceux de Golèze, ses rocs verticaux rappellent la forme d'une énorme vague couronnée d'écume; ils ont du rapport avec la Gemmi; mais la pointe de Salles l'emporte en hardiesse et en grandeur. Sa partie supérieure se dessine en contreforts, en bastions, en dents aiguës et enfin en pyramide irrégulière, dont un côté forme un précipice perpendiculaire de deux mille pieds de profondeur. À mesure qu'on s'en approche, cette grandiose apparition grandit, domine, menace et écrase ses admirateurs; ce bloc immense perce la nue et brave la tempête. Sa couleur habituelle est le brun clair; mais il semble plus que d'autres monts, doué de la merveilleuse faculté de varier ses teintes selon les diverses heures de la journée et de l'état de l'atmosphère. Avant le lever du soleil, plusieurs fois, je l'ai vu pâle et livide, comme un cadavre, froid et gris comme le Mont-Blanc lui-même ; l'astre du jour commençait-il à l'atteindre de ses premiers feux, il se parait de délicates, puis de riches nuances et baignait ses sourcilleuses arêtes de violet, de rose et d'or; à midi, il est bistré; mais c'est aux approches du soir qu'il revêt son plus riche manteau. Alors on le voit subir successivement les dégradations de lumière les plus étranges et les plus rapides; du doré, il passe au rouge vif, puis au rosé, à une légère teinte sépia, enfin, ses contours se confondent avec le sombre azur du crépuscule, et du monarque de la vallée il reste plus que l'imposant souvenir. Progressivement, la Savoie et le comté de Nice envisagent la nécessité de leur rapprochement avec la France, à leurs yeux, si bien gouvernée. Les 22 et 23 avril 1860, plus de 130.000 Savoyards votaient, dans une ambiance solennelle, pour leur rattachement à la France. Nice et Savoie sont donc françaises. En 1863, le sentier muletier reliant Sixt à Chamonix est exécuté. Nous sommes dans l'âge d'or de l'alpinisme. Dès lors, les "plus Grands" vont délaisser les massifs de Sixt pour aller "courir" plus haut! La compagnie des guides de Sixt disparaîtra, mais les visiteurs ne cesseront de croitre. La région est toujours prisée, comme le prouvent les nombreuses lithographies consacrées à Sixt. Le Buet lui-même, devenu "populaire" par le panorama qu'il offre, se "démocratise" et se laisse conquérir par les nombreux excursionnistes attirés par ce nouveau sport. "L'industrie touristique" est en train de naître. En 1883, Sixt reçoit le banquet annuel du Club Alpin français au Fer-à-Cheval En 1886, la commune de Sixt participe à hauteur de deux mille francs, à la construction du tramway Annemasse-Samoëns. En 1891, inauguration de la première cantine, c'est-à-dire buvette, au Fer-à-Cheval. En 1892, inauguration de la ligne du tramway Annemasse-Samoëns. Les visiteurs poursuivent alors en voiture à cheval jusqu'à la cascade du Rouget et le cirque du Fer-à-Cheval. De 1890 à 1897, les habitants de Sixt émettent deux souscriptions pour organiser le procès canonique du Bienheureux Ponce de Faucigny. Rome répond favorablement en avril 1897 et l'évènement est célébré dignement les 10 et 11 juillet. En 1899, un formidable personnage, Pierre Marie Moccand, surnommé Pierre au merle, crée son parc d'attractions: "Aux merveilles de la nature". Dans son café-musée, il présente les animaux empaillés de la région, des poteries et objets insolites ou pittoresques, des racines aux formes étranges ou reconnaissables. Il balise et aménage un sentier faisant découvrir les cascades environnantes. Il construira même un manège de bois, le Carrousel, près de son café, utilisant la motricité du torrent pour faire tourner ses occupants. Enfin, cet excellent photographe fera éditer en cartes postales bon nombre de ses meilleurs clichés. Table des matières Paragraphe suivant Sixt Préhistoire

  • Géologie | Vaillance et Sourire

    Histoire de Sixt Fer à cheval et du Buet Histoire de Sixt et du Buet Géologie C’est il y a environ quatre milliards et demi d'années que notre planète Terre s’est formée au sein du système solaire. C'est à cette époque dite précambrienne, la plus longue de notre histoire, puisqu'elle dure à elle seule quatre milliards d'années, que le magma en fusion qu'était alors cette planète, s'est refroidi et donc solidifié superficiellement, formant ainsi l'écorce terrestre. À l'ère primaire, une chaîne de montagnes s'est formée à l’emplacement de notre région, mais, au fil des trois cents millions d'années, l'érosion a provoqué sa destruction progressive. Il a 250 millions d’années, cette même région repose alors au fond des mers. Après avoir vu croître les premiers conifères, il rencontre les premiers poissons et amphibiens. Durant l'ère secondaire, c'est-à-dire pendant cent vingt-cinq millions d'années, son existence sera aquatique et notre territoire recevra les dépôts calcaires de l'époque jurassique si riches en fossiles marins. C'est l'époque des grands reptiles sur terre et des premiers oiseaux qui volent au-dessus de ses eaux. C'est l'ère tertiaire qui donnera ses lettres de noblesse à notre contrée. Après avoir vu se soulever les premiers massifs cristallins italiens au début de cette période, notre terrain calcaire, sous la poussée du massif "du Mont-Blanc" qui se soulève à son tour, se plisse et forme les Préalpes du Nord. Les Alpes ont alors une altitude moyenne beaucoup plus élevée qu'aujourd'hui. Pendant ces soixante-cinq millions d'années se sont développés les mammifères les plus évolués, tandis que disparaissaient les grands reptiles. Nous sommes aujourd'hui dans l'ère quaternaire depuis trois millions d'années. Le Massif alpin a été façonné petit à petit par l'érosion des différentes glaciations et des longues périodes de réchauffement pour devenir ce qu'il est aujourd'hui. Les deux principales vallées de Sixt ont dorénavant leurs formes. Elles sont composées de deux cirques glaciaires, le cirque des Fonts et le cirque du Fer-à-Cheval. Les glaciers des deux sommets les plus élevés, le Buet (3095 mètres) et le Tenneverge (2989 mètres), ont creusé ces deux cirques. Chacun des deux cirques possède son propre torrent. Le Giffre-Haut s’écoule depuis le Buet. Le Giffre-Bas prend sa source au fond de la Combe, près du lieu-dit Le Bout du Monde, à proximité des glaciers du Prazon et du Ruan, entre les monts Ruan et Tenneverges. Les deux Giffre, gonflés de dizaines de cascades, de torrents et de nants provenant de nombreux vallons annexes, s'unissent dans les pittoresques gorges des Tines. C'est ici que les versants opposés des deux cirques se rencontrent et referment presque totalement la vallée, formant une comme une haie: une "siz" en patois savoyard. Dans tous les premiers documents écrits, le nom de Sixt s’écrit « Siz ». Voilà une des hypothèses de l'origine du nom de Sixt. Après cette muraille fendue par le torrent, la vallée du Giffre s'élargit mollement vers Samoëns et Taninges, perdant le caractère si particulier de notre contrée: encaissé, sauvage, grandiose. La vallée du Giffre fut la seule des Préalpes du Nord à avoir été entièrement occupée par un glacier dont les effets ont été particulièrement puissants. L'origine de la puissance de ce glacier vient de la situation géographique particulière de ce massif en Europe: c'est en effet la première barrière rencontrée par les vents humides de l'ouest. Le niveau des précipitations y est toujours exceptionnel et les glaciers fortement alimentés en eau et en neige atteignaient un volume et une force unique dans les Préalpes. De là pouvaient descendre des masses de glace pouvant remplir toute la vallée du moyen Giffre jusqu’à une grande hauteur. L’énorme glacier du Buet rencontrait le glacier du Mont Ruan et du Prazon à Sixt et avançait dans la vallée. Ces glaciers ont laissé leur empreinte et l’on peut aujourd'hui admirer le Cirque des Fonts et le Cirque du Fer-à-Cheval, qui sont des spectacles uniques dans les Alpes occidentales parce que nulle part ailleurs de telles masses de calcaire n'ont été aux prises avec une aussi puissante érosion. D’autres vallées ou vallons de Sixt furent creusés par un glacier : la vallée en forme d’auge de Salles ou encore le vallon du glacier des Foilly. La vallée d’Anterne fut quant à elle façonnée par le glacier de l’Arve venu de la vallée de Chamonix, qui atteignait l’épaisseur de 1500 mètres à Servoz. Il débordait au-dessus du col d’Anterne (2260 m) et venait tailler les murailles des Fiz. Ces derniers sont les plus vertigineux des Préalpes. Le glacier du Buet, s'il remplissait la profonde vallée de Sixt, façonna d'une manière très différente la partie moyenne de la vallée du Giffre, de Samoëns à Taninges. C'est en effet une auge large et profonde, unique par ses dimensions: une largeur jamais inférieure au kilomètre sur 15 kilomètres de long. La différence entre ces deux formes glaciaires s'explique par la moindre résistance des roches rencontrées par le glacier après Sixt. Cet imposant glacier a creusé la vallée jusqu'à St-Jeoire. Cette singulière vallée du Giffre, offrant les plus magnifiques contrastes, bénéficie également des générosités de la nature: un climat rude et une puissante végétation. Les températures hivernales sont en moyenne inférieures à celles des autres vallées, ce qui a pour conséquence, au vingtième siècle, une moyenne de cinq mois d'enneigement à Sixt (mi-novembre, mi-avril). Les moyennes estivales sont quant à elles élevées. Dans la vallée de Sixt, les premiers foins sont coupés fin juin. Le niveau des précipitations est tout à fait exceptionnel. Pour une moyenne française inférieure à 1000 mm, il tombe 1520 mm à Samoëns (710 m d’altitude) et une moyenne de 2150 mm pour tout le Giffre, ce qui en fait le massif le plus arrosé des Alpes occidentales. Dans la vallée de Sixt, on remarque 3000 mm entre 2000 m et 2500 m d'altitude. Toujours pour le vingtième siècle, l’enneigement, du fait des précipitations et des températures, est particulièrement abondant: la moyenne annuelle à Sixt (763 m) est de 2 m 75 et de 12 m au-dessus de 1500 m. Les versants ouest du Buet et du Tenneverge reçoivent 18 à 20 m de neige fraîche chaque année. Le Giffre est donc l'une des rivières les mieux alimentées des Alpes françaises. Ces conditions climatiques font la richesse de cette végétation alpestre où l'épicéa est roi. Table des matières Paragraphe suivant Sixt Préhistoire

  • Préhistoire | Vaillance et Sourire

    Histoire de Sixt Fer à cheval et du Buet Histoire de Sixt et du Buet Préhistoire À l'âge de la pierre taillée, la population alpestre, les chasseurs magdaléniens, vit surtout dans les plaines du Rhône et aux abords du plateau suisse du fait de la présence de glaciers dans les vallées. On retrouva une hachette de jade vert oublié par un chasseur de l'époque, à Mieussy, bourgade de la vallée du Giffre, à quelques kilomètres de Sixt. Un autre indigène, à l'âge des métaux, égara une hache de bronze près de Taninges à seulement 18 kilomètres de Sixt. Au fur et à mesure du repli des glaciers, l'Homme remonte les vallées, longeant les rivières. Entre 500 et 100 avant J.C., les Celtes descendent du "sud de l'Allemagne" et s'installent dans la région de Samoëns comme en témoignent des noms celtiques laissés à des vallées comme celle de Gers. Au début de notre ère, les Romains veulent conquérir le versant nord des Alpes pour servir de territoire-tampon entre leur Empire et les plus remuants des barbares. En 14 après J.C., les deux versants des Alpes reconnaissent la loi de l'empereur romain. Les noms romains fourmillent dans la vallée du Giffre: Mieussy, Taninges, Vigny... Mais au fur et à mesure que s'affaiblit le pouvoir central, le lien entre Rome et ses provinces éloignées des Alpes se relâche graduellement. À partir de 350, les invasions barbares du nord-est (Burgondes, Ostrogoths, Lombards) déferlèrent sur le massif alpin du nord au sud. Ils se sont glissés dans les vallées défrichées et ont laissé leurs sépultures à Mieussy, Taninges et Samoëns ainsi que quelques noms à consonance germanique. Au cinquième siècle, à la suite de ces invasions, les tribus du nord des Alpes retrouvent partiellement leur indépendance vis-à-vis de Rome: Genève devient la capitale du royaume Burgonde. Au début du sixième siècle, les Alpes passent sous la domination de l'envahisseur Franc. Jusqu'au neuvième siècle, la puissance de la monarchie franque ne cessera de s'accroître. En 774, Charlemagne étend encore sa puissance. Les Alpes et le reste de l'immense empire Franc se trouvent alors sous la domination d'un seul maître. Il divise l'ouest des Alpes en sept districts: Maurienne, Tarentaise, Faucigny, Chablais, Genevois, Albanais, Sapaudia (ancien nom de Savoie) La vallée du Giffre et la vallée de l'Arve sont confiées au notable chargé de gérer le district de Faucigny. En 888, la mort de Charles le Gros aboutit au démantèlement de l'immense empire de Charlemagne en quatre grands royaumes. - Royaume Franc de l'ouest - Royaume Franc de l'est - Italie - Lotharingie (les Alpes) qui se subdivise en deux: * Bourgogne cisjurane (Alpes du sud et Provence) * Bourgogne transjurane (Alpes du nord) En 1033, à la mort de Rodolphe III, le Royaume de Bourgogne perd son unité et de nombreuses vallées s'affranchissent en autant de seigneuries: ainsi fut constituée la féodalité. Les seigneurs les plus importants prennent rapidement l'ascendant sur leurs voisins moins puissants et forment alors de véritables petits royaumes, tels: - Les comtes de Savoie: (nord des Alpes) - Les comtes de Provence (sud des Alpes) - Les comtes d'Albon (le Dauphiné) Mais d'autres familles, tels les sires de Faucigny, parviennent à sauvegarder leur indépendance et à fonder un fief autonome. Les barons de Faucigny édifient leur château de Châtillon, rendent la justice pour leur compte, frappent leur monnaie et lèvent leurs impôts dans la vallée du Giffre et de L’Arve. Table des matières Paragraphe suivant Sixt Préhistoire

  • Les frères Deluc au Buet | Vaillance et Sourire

    Histoire de Sixt Fer à cheval et du Buet Histoire de Sixt et du Buet Les frères Deluc au Buet Jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, si les vallées sont défrichées et exploitées, les hauts sommets et les cimes effilées continuent d'être craints et ignorés. Les paysans montagnards n'osent guère s'aventurer au-dessus des alpages et seuls les chasseurs se risquent vers les crêtes à la poursuite d'un chamois. Il y a bien les cristalliers, mais ceux-ci ne semblent pas intéressés par la conquête du sommet, se contentant de redescendre leur butin des dangereuses parois d'où ils les ont extraits. Toutefois, les cols ont été de tout temps régulièrement fréquentés par des caravanes plus ou moins importantes de commerçants et de colporteurs, voire de trafiquants, favorisant l'échange de marchandise par delà les montagnes. Quant aux gens des plaines, la lointaine montagne leur inspire l'effroi et l'horreur. Un naturaliste du XVIIIe siècle, Scheutchzer, signale dans les alpes la présence de différentes espèces de dragons et un ambassadeur anglais en croyait les montagnes infestées. L'abbé Voisenon, académicien français, décrit ce qu'il voit en montagne: Tout ce qui caractérise la demeure d'un magicien malfaisant où la nature semble gémir de l'horreur qu'elle se fait à elle-même. Vers le milieu du XVIIIe siècle, deux courants d'idées portent les hommes vers la montagne: un courant littéraire et un courant scientifique. C'est le mouvement du retour à la nature et ce sont les auteurs "écologistes" de l'époque dont le plus célèbre fut Rousseau, qui ont, par leurs écrits, contribués à habiliter la montagne. En 1741, dans un salon genevois, quelques Anglais échangent leurs impressions de voyages aventureux en Égypte et en Asie avec leurs amis suisses. Nos intrépides Anglais, Richard Pococke à leurs têtes, aperçoivent de leurs fenêtres, de lointains sommets enneigés briller au soleil couchant. -What is it? Malgré les mises en garde de leurs amis suisses, nos anglais montent une expédition pour aller explorer la vallée de la "montagne maudite". Ils sont bien armés afin de pouvoir se défendre contre les dragons des glacières et contre les habitants soi-disant sauvages. Après trois jours de marche, nos huit explorateurs, suivis de cinq domestiques, installent leur énorme campement sur une rive de l'Arve en face d'un petit village dénommé "Chamouny". Sur l'autre rive, les indigènes s'inquiètent déjà. Une nuit passe et le prieur du couvent de Chamouny parlemente et bientôt tous seront réunis et feront connaissance. Dès le lendemain, l'expédition s'aventure alors sur un sentier muletier jusqu'au Montenvers: nos "intrépides" voyageurs découvrent l'aiguille Verte, les Drus, les Grandes Jorasses et un immense glacier... "on dirait une Mer de Glace!" L'image restera, l'expression aussi. De retour à Genève, "l'affaire" est racontée et largement commentée dans les journaux. Une mode est née et les premiers touristes "s'aventurent", accompagnés des premiers guides, jusqu'au fond des vallées méconnues. Pour les scientifiques, ce sont la géologie, la botanique mais surtout la physique qui les ont conduits dans les Alpes. Horace-Benedict de Saussure, genevois, a vingt ans en 1760 lorsqu'il vient, en Botaniste, pour la première fois dans la vallée de Chamonix. Il monte au Brévent avec un guide, Pierre Simon, et est subjugué par la beauté du Mont-Blanc. Avant de s'en retourner pour Genève, il fait annoncer dans chaque paroisse qu'il offre une forte récompense au premier conquérant du Mont-Blanc. Pour Saussure, à cette époque, ce sommet n'a encore qu'un intérêt secondaire et pour les Chamoniards, le projet n'est absolument pas sérieux. Ils s'en désintéressent totalement, du moins pour le moment. Ce sont les frères Deluc, deux physiciens genevois, fils d'un ami intime de Rousseau, qui, les premiers, graviront un sommet en « alpinistes, le Buet, depuis Sixt. Jean-André Deluc fait des: Recherches sur les Modifications de l'Atmosphère. C'est le titre de l'ouvrage qu'il fera publier. Il y fait une Etude critique de la technique de fabrication du baromètre et du thermomètre et de leur usage principalement pour la mesure des altitudes. Pour faire ses expériences sur "les variations de la chaleur de l'eau bouillante", c'est-à-dire démontrer qu'en altitude l'eau bout à moins de cent degrés, il a besoin d'un sommet élevé. De Genève, il aperçoit une montagne dont le sommet est enneigé et qui lui paraît accessible. Nous partîmes de Genève, mon frère et moi, le 24 août 1765, dirigeant d'abord notre route par St. Jeoire. En approchant de ce bourg, nous perdîmes de vue la montagne que nous allions chercher: mais nous avions déjà compris qu'il fallait gagner la vallée de Taninges. Tels des explorateurs, les frères Deluc partent à la conquête d'un sommet dont ils ne connaissent ni le nom, ni la manière d'accéder à sa base, et encore moins la voie pour le gravir. À Taninges encore, nous jugions que notre projet était facile: mais ensuite, plus nous approchâmes de la Montagne plus elle nous parut escarpée... ...La nuit s'approchait, et, en même temps, le chemin devenait plus difficile, de sorte que nous étions dans l'embarras, lorsque nous atteignîmes un paysan qui faisait la même route. Il nous apprit que le village de Sixt était au pied de notre Montagne et qu'il y allait lui-même... Nous arrivâmes de nuit après onze heures de marche. Il s'agissait de trouver un gîte. Notre guide ne nous en avait fait espérer que dans une Abbaye, composée de Chanoines qui sont Seigneurs du lieu. Mais le couvent était déjà fermé. Cependant, la nécessité nous enhardit: nous parvînmes à nous faire entendre, nous exposâmes nos besoins et nous fûmes accueillis avec toute l'hospitalité possible. Durant le dîner, les moines font venir un berger qui ne put les renseigner sur leur Montagne car les pâturages qu'il connaissait n'allaient pas à mi-hauteur de la Sommité. Le lendemain, il les guide jusqu'aux granges de Commune, où ils doivent trouver un berger plus instruit. Des granges ils grimpent avec difficultés sur les Frètes du Grenier de Commune à presque 2500 mètres d'altitude. Nous restâmes longtemps immobiles d'admiration autant que d'effroi. Le Mont-Blanc se présentait à nos yeux dans toute sa majesté: je ne dis pas trop, c'est l'expression qu'il inspire. Le précipice même qui arrêtait notre course était majestueux... ...Un pâturage riant [Les Fonts], parsemé de granges et entouré de bois, adoucissait l'horreur de ces lieux, dont les cascades qui s'y précipitaient de toute part du haut du rocher, troublaient seules le silence; les mugissements des troupeaux ne pouvaient parvenir jusqu'à nous. Mais il est plus de midi et il n'est plus temps de poursuivre. Par comble de malchance, Jean-André Deluc a cassé durant la montée le thermomètre qu'il avait spécialement construit pour son expérience sur les variations de la température de l'eau bouillante en altitude. Il n'effectue alors que quelques mesures barométriques. Ils redescendent à Sixt et le lendemain sont à Genève. Jean-André Deluc n'a pu faire ses expériences sur un sommet et renonce à l'aventure. Il fait alors imprimer son premier ouvrage traitant de l'histoire du thermomètre. Mais Deluc poursuit ses expériences et cela l'amène à émettre une nouvelle hypothèse: la température d'ébullition de l'eau décroît proportionnellement avec l'augmentation de l'altitude. Pour vérifier son postulat, il se prépare avec son frère à s'élever sur la Montagne de Sixt, dont il ne connaît toujours pas le nom, cinq années après leur première tentative. "Nous partîmes de Genève le 24 août 1770 de grand matin, conduits bien plus par le désir que par l'espérance." Jean-André Deluc se met en route avec son frère et un ami commun. Lors de leur précédente course, les guides leur avaient dit qu'il serait peut-être possible de gravir le sommet, en partant par le pâturage des Fonts, avec un chasseur de chamois. En effet, par ce côté, la dernière arête avant le sommet paraît moins escarpée. Arrivés à l'Abbaye, les moines leur apprennent que tous les hommes du village, notamment les chasseurs susceptibles de les conduire par la nouvelle route, sont dispersés dans la montagne pour les récoltes. Ils devront se contenter de leurs anciens guides et de la route qu'ils connaissent déjà. Nous partîmes de Sixt avec notre guide le 25 août à 4 heures du matin et nous arrivâmes, à 6 heures trente à la grange de l'Abbaye dans les pâturages des Communes... ...Nous y trouvâmes un domestique des Chanoines, jeune homme vigoureux, apprenti chasseur, qui nous promit de nous guider sur le glacier. Il fallut attendre qu'il eût fait son fromage du jour, ce qui nous fit perdre un peu de temps. Le nouveau guide n'est pas très expert, l'ami des Deluc a le vertige et l'un des guides le redescend aux Granges. Sur les névés, ils mettent les "crampons" que leur ont prêtés les moines, puis ils doivent escalader le rocher. Ils aperçoivent avec plaisir un chamois. C'est à nouveau à midi qu'ils arrivent sur les Frètes du Grenier de Commune. Comme il y a beaucoup de neige sur la Montagne, ils décident "d'aller faire l'expérience de l'eau bouillante" sur le Grenairon, au pied duquel ils se trouvent. Ce beau sommet secondaire (2700m) n'a jamais été gravi et "les guides doutent qu'il soit accessible" Sur les Frêtes ils trouvent des fossiles: "Ces morceaux sont intéressants pour la cosmologie." Ils commencent alors l'ascension du Grenairon. Ce rocher est coupé en divers endroits par de larges crevasses, dont quelques-unes étaient encore remplies de neige. En d'autres endroits, il présente des surfaces à pic, où quelques aspérités nous servaient d'échelons: partout il est difficile d'accès et nos guides renoncèrent un moment à nous suivre. Loin de nous décourager à ce refus, nous nous efforçâmes à franchir un passage difficile: leur amour propre les pressa de nous imiter; ils nous suivirent et nous parvînmes au sommet. C'est en cela que les frères Deluc font partie des premiers alpinistes, car ils s'aventurent vers un sommet vierge, devant des "autochtones" qui eux, s'arrêteront au-delà du domaine qu'ils connaissent. Parvenus au sommet, les frères entreprirent de faire un feu, aidés en cela par les guides, pour faire "l'expérience de l'eau bouillante"... ...lorsque notre chasseur, las de sa course, après s'être émerveillé un moment de ce que nous grimpions les rochers pour y faire bouillir de l'eau, ce qui lui paraissait bien ridicule, se jeta lourdement à terre et s'assit sur un de mes pieds, qui malheureusement portait à faux sur des rocailles. Au cri que je fis, il se releva; mais le mal état fait, il m'avait foulé le pied. Jean-André Deluc entreprend la descente du Grenairon, abandonnant une nouvelle fois l'idée de gravir le sommet de la montagne de Sixt. Je me traînai donc comme je pus, à l'aide de mon frère et d'un seul de nos guides: car celui-là même qui était la cause de ma douleur et de notre embarras nous quitta inhumainement, pour aller à ses fonctions du soir, rassembler et traire ses vaches. Peut-être aussi que ce ne fut chez lui que l'effet d'un mauvais raisonnement, qui surmontait sa pitié. Les hommes sont pour l'ordinaire bien plus mauvais raisonneurs que méchants. Le nôtre craignait son maître et n'imaginait rien au-dessus du seul devoir qu'il était accoutumé de remplir. La nuit les surprend sur les Frètes du Grenier de Commune et ils sont obligés de "bivouaquer". La nuit est froide et la cheville de Jean-André Deluc est douloureuse. Dès l'aube, ils redescendent pour les granges de Commune où ils font "l'expérience de l'eau bouillante". Alors, ils redescendent vers l'Abbaye où ils arrivent à midi le jour de la Fête de Sixt, à la sortie de la messe. Les Sizerets ne veulent pas croire les raisons avancées par les frères Deluc qui les poussent à gravir cette Montagne inviolée et les soupçonnent de chercher des mines d'or ou autres matériaux précieux. À force de le répéter, nous trouvâmes des gens qui nous comprîmes. On nous apprit que cette sommité que nous avions cherchée deux fois inutilement était le Glacier du Buet et qu'on pouvait nous y conduire. Certains chasseurs s'étaient aventurés au bas du Glacier pour poursuivre un chamois blessé. Mais Jean-André est handicapé par sa cheville et il n'est plus temps dans la saison de penser à une autre tentative et les explorateurs, après l'accident et le bivouac, ont perdu un peu de leur ardeur, et ils retournent à Genève. Après une période de mauvais temps, le "désir de retourner dans ces montagnes" les reprend. Pour la première fois, Jean-André Deluc ne parle pas "d'expérience" mais de "désir": C'est pour ces premiers Alpinistes l'appel des Sommets et en l'occurrence du Buet. La neige diminuant chaque jour sur les Montagnes de Sixt, et le baromètre se soutenant très haut, nous ne pûmes, malgré le souvenir de nos précédentes catastrophes, résister à l'espérance d'être plus heureux et au désir de l'éprouver. Nous partîmes donc pour la troisième fois le 20 septembre, par le plus beau temps." Mais en arrivant à Sixt, le baromètre a baissé. Ils font tout de même leurs préparatifs, aidés par les moines qui leur trouvent le chasseur "tant désiré". Et le soir même, ils partent, pour les Granges des Fonts. Nous partîmes de l'Abbaye à 2 heures de l'après-midi, chargés comme de coutume des bienfaits de messieurs les chanoines qui pourvoyaient toujours à nos besoins. Ils montent aux Fonts par le hameau de Salvagny pour coucher aux granges et partir dans la nuit. L'air était pur lorsque nous y arrivâmes; il était 4 heures et demi et le soleil éclairait encore une partie de cette solitude. Je ne saurais exprimer les sensations que nous éprouvâmes à cet aspect: nous ne pouvions cesser d'admirer et de nous le dire mutuellement. Ils sont au pied du Buet, à l’alpage des Fonts, à 1350 m d’altitude, et font une nouvelle fois "l'expérience de l'eau bouillante". Puis ils se promènent au pied de ce cirque naturel et les disciples de Rousseau méditent: C'est un recoin de la vie humaine bien peu connu, quoique bien digne d'occuper le Philosophe. On apprend dans ces lieux à quoi se réduisent les vrais besoins de l'homme; ce qu'il peut par la force de l'habitude; mais surtout on y apprend, dans quel doux calme est son âme lorsqu'il reste entre les mains de la Nature loin des spéculations des philosophes et du labyrinthe de la société. Le soir venu, nos aventuriers vont se coucher dans une grange non sans avoir consulté le baromètre qui a encore baissé. Pendant la nuit, ils furent réveillés par la pluie, le tonnerre et les puces. Ils passèrent le reste de la nuit autour du feu. Au matin, la pluie a cessé, mais le ciel est à demi-couvert et des lambeaux de brumes montent de la vallée. Ils décident d'attendre ici le retour du beau temps. L'après-midi, ils montent au pâturage de Grasse-Chèvre pour faire la fameuse expérience de l'eau bouillante. Nous passâmes la nuit aux Fonts, dans notre hutte et le lendemain matin, comme il continuait de pleuvoir et que le baromètre ne remontait point, nous prîmes le parti de redescendre à Sixt, comptant bien de continuer notre route vers Genève et bien chagrin d'avoir manqué pour la troisième fois le Glacier du Buet, surtout après nous être convaincu qu'il était accessible. De retour à l'Abbaye, nous voulions tout de suite monter à cheval, mais nous fûmes obligés de céder aux influences de messieurs les chanoines qui persistèrent à nous retenir ce jour-là. Le ciel redevint serein l'après-midi et nous étions prêts à nous remettre en marche pour la Montagne lorsqu'il se couvrit de nouveau. Tout semblait arrangé contre nous: le lendemain à la pointe du jour il faisait le plus beau temps du monde, et nous eûmes le plus vif regret de n'être pas montés le jour précédent... ...Jamais le baromètre ne fut tant consulté. Il monta enfin un peu et, sur le soir, nous repartîmes pour les Fonts. Nous ne songeâmes presque pas à dormir de toute la nuit: le plaisir de voir les étoiles qui nous présageaient un beau jour nous tenait éveillés et nous attirait souvent hors de notre cabane. Nous ne pûmes attendre le jour pour nous mettre en chemin: c'était le 25 septembre et il tardait trop à notre gré. Nous nous mîmes donc en marche à 4 heures et demi avec ce plaisir qu'on éprouve qu'après de grands obstacles. À 7 heures, ils font une nouvelle fois "l'expérience " au Plan de Léchaud. Le soleil se levait pour nous: l'air était calme et d'une sérénité inconnue dans la plaine. Puis, ils attaquent le glacier qui, à cette époque, descendait beaucoup plus bas qu'aujourd'hui. Jean-André Deluc décrit pour la première fois un paysage de haute montagne: Ce sentiment de profonde solitude était de ceux que nous démêlions le plus aisément... ...Il nous semblait réellement que nous étions suspendus dans l'air sur un de ces nuages. Et quel air! Jamais nous ne l'avions vu de cette couleur. Il était d'un bleu vif et foncé en même temps qui produisait une sorte de sentiment d'immensité qui est inexprimable. Il était près de midi, lorsqu’enfin nous arrivâmes au sommet... ...Nous eûmes à découvert l'immense chaîne des Alpes... ...Les détails, autant que l'ensemble auraient excité l'admiration de l'homme le plus indifférent. Alors, ils s'aperçoivent qu'ils sont sur une corniche de neige. Quel aspect pour des habitants de la plaine! Nous le considérions avec un étonnement mêlé d'effroi. Nous nous tenions l'un l'autre par nos habits en avançant la tête vers le précipice. Mais ils ont très froid et renoncent à faire "l'expérience de l'eau bouillante". Ils mesurent seulement l'altitude avec le baromètre: 9355 pieds, c'est-à-dire 3087 mètres pour 3095 mètres mesurés aujourd'hui! Après être restés trois quarts d'heure au sommet, ils redescendent un peu (environ 50 mètres) pour se mettre à l'abri et faire bouillir de l'eau. Puis ils redescendent de "la montagne du Glacier du Buet", sifflés par les marmottes et arrivent aux Fonts à 6 heures. Ils se reposent une demi-heure et repartent pour l'Abbaye à laquelle ils arrivèrent à 8 heures et demie. Le lendemain ils sont à Genève. Pour terminer son récit, Jean-André Deluc fait un petit topo, certainement le premier concernant un sommet élevé, pour d'éventuels aventuriers et conclut ainsi: Je souhaite que ces avis contribuent à procurer à quelques-uns de mes lecteurs le plaisir que nous avons éprouvé dans ce voyage: j'aurais regret que ces merveilles n'eussent pas d'autres admirateurs. Il faut remarquer l'extrême modestie des frères Deluc concernant leur exploit; ce qui ne sera pas toujours le cas d'autres alpinistes quelques décennies plus tard. Enfin, ils ont bousculé les tabous et les légendes concernant ces lieux maléfiques. La "Montagne du Glacier du Buet" sera, pour beaucoup de grands alpinistes, le prélude à de magnifiques "carrières". En 1772 les Frères Deluc vont retourner une nouvelle fois au Buet mais cette fois par le Collet d'Anterne puis le Plan de l'Eschaud. Le soir, ils couchent aux granges d'Anterne, accueillis par des montagnardes. La cabane n'offrant pas beaucoup de commodités, il fallut m'établir sur le bord d'un mur pour faire mon expérience: mon réchaud était placé, l'eau bouillait, j'étais occupé de mon observation. Je ne sais quoi ébranla le mur; le réchaud trébucha: je regarde avec émotion mon thermomètre... il était cassé. Je fis un cri qui ébranla ma cabane. C'était un reste de l'air de la plaine qui sortait de mes poumons; l'instant d'après, je ne respirais plus que celui de la montagne. Pendant le retour, pris par la nuit, les nuages et l'orage, ils manquent de se rompre le cou dans le précipice des Fonts et ne doivent leur salut qu'aux paysannes d'Anterne qui ont allumé sous la pluie un grand feu avec toute leur réserve de bois pourtant si rare dans ces contrées. Après avoir salué et récompensé les mérites des paysannes, il s'en veut d'avoir corrompu ces femmes et écrit: "Je me le reprocherais toujours, si Anterne pouvait devenir un lieu fréquenté." Il faudra attendre vingt et une années après la première course des Deluc au Buet pour que le plus haut des sommets d’Europe, le Mont-Blanc soit gravi. Le livre de Jean-André Deluc publié en 1772 a beaucoup de succès et l'on sait désormais que le Buet est "accessible". Table des matières Paragraphe suivant Sixt Préhistoire

  • La Révolution Française | Vaillance et Sourire

    Histoire de Sixt Fer à cheval et du Buet Histoire de Sixt et du Buet La Révolution Française En 1788, Sixt compte neuf cent quatre-vingts habitants. Ceux-ci décident de construire une maison de Communauté pour le Conseil du même nom. En 1789, la Savoie est alors sous contrôle sarde et ne rentre pas de plain-pied dans la Révolution française. Elle est toutefois travaillée par une propagande française qui provoque des révoltes de plus en plus nombreuses. À l'Abbaye de Sixt, les difficultés ont vu le jour depuis 1738 ou d'incessants procès lui sont faits par certains pour s'affranchir de diverses dîmes et autres redevances. En 1789, un accord est passé entre les religieux et les communiers: La Dîme individuelle est remplacée par une taxe collectée par la Communauté et reversée à l'Abbaye. La taille est déjà abolie depuis 1760, et la dîme en nature est supprimée. Peu à peu, le conseil de Communauté se substitue à l'autorité de l'abbé. La révolution se fait en douceur à Sixt. Le 21 septembre 1792, en France, la République est proclamée par la Convention. Dans la nuit du 21 au 22 septembre, les troupes françaises sous le commandement du général Montesquiou envahissent la Savoie et font fuir les soldats sardes. Les "Libérateurs", annonciateurs de Liberté, d’Égalité et de Fraternité, sont accueillis avec allégresse. La Savoie devient le département du Mont-Blanc. Le 8 février 1793, les commissaires de la Convention supprimèrent les quatre évêchés de Savoie, et donc la fermeture de l'Abbaye de Sixt. Le clergé, quant à lui, devait prêter serment à la République. La grande majorité de celui-ci émigra, malgré mille dangers, en Suisse, en Allemagne, et surtout en Italie, où des communautés se regroupèrent. L'Abbaye de Sixt disparaissait alors après plus de six siècles de prière, de travail, de rayonnement culturel sous l'autorité de trente-trois abbés. La dizaine de chanoines partie, les sans-culottes de Samoëns pillèrent l'Abbaye. Ils brûlèrent, pendant deux jours, sur la place du village, livres, archives et ornements religieux. Les cloches furent descendues en vue d'être fondues et transformées en canons. Le tombeau du Bienheureux Ponce fut partiellement mutilé. La population de Sixt tenta, dans la mesure du possible, de sauver ce qui pouvait l'être. Certains purent retirer du feu quelques livres ou ornements. Mais surtout, le jeune Augustin Depassier prit le risque, de nuit, d'aller récupérer le Trésor de Sixt, entreposé temporairement dans le grenier de l'Abbaye. Ce trésor comportait des vases sacrés, l'ostensoir, l'encensoir et une navette en argent. Augustin Depassier s'aide d'une échelle et passe par une ouverture près du toit pour sauver l'essentiel. Soupçonné, il doit s'enfuir sur le Valais. Lorsqu'il pourra enfin rentrer, il se mariera et aura douze enfants. En mars 1793, la Convention réquisitionne les vivres et incorpore un certain nombre d'hommes de 18 à 40 ans pour se battre contre la coalition des Prusses, des Autrichiens, des Anglais, des Hollandais et des Espagnols. Les Savoyards sont amers. L'Abbaye de Sixt, ses terres et dépendances, devenues Biens nationaux, sont vendues à Pierre Milleret, notaire à Samoëns le 27 mai 1796. L’année suivante, celui-ci revend, non sans quelques plus-values, et partage les différentes parcelles de terre aux habitants du village et les bâtiments de l'abbaye à Joseph-Marie Joënnoz et André Cochet. Ce dernier en fit une modeste auberge. Le Village, dès lors, sans autorité vraiment reconnue et acceptée, pâtit de la non-gestion des terres et des forêts. En février 1801, le premier maire est élu: il s'appelle Claude-François Moccand. Il est surnommé le "philosophe" pour avoir, en son temps, négocié avec habilité les nombreux différends entre la communauté et les chanoines. C'est un passionné de nature et de géologie. C'est un chasseur renommé d'ours et de chamois. Il tua à lui seul sept ours, dont le dernier de la vallée. C'est pour ses connaissances de la région qu'Horace Bénédict Saussure l'avait engagé pour récolter des échantillons de roches aux endroits les plus difficiles. Il rassembla lui-même une belle collection de fossiles et de minéraux. Il fait voter de nouvelles réglementations pour un partage équitable des ressources communales: pâturages, alpages... L'enseignement des religieux ayant disparu, un instituteur est engagé et payé par la commune en février 1803. Chaque élève paiera néanmoins soixante centimes par mois. Le traitement des deux ministres du culte présents sur la paroisse est augmenté. La commune leur verse respectivement 500 et 400 francs. Il leur est alloué une somme pour l'achat et l’entretien du mobilier et des objets de culte. Table des matières Paragraphe suivant Sixt Préhistoire

  • Les Sizerets du XIIe | Vaillance et Sourire

    Histoire de Sixt Fer à cheval et du Buet Histoire de Sixt et du Buet Les Sizerets du XIIe Au XIIe siècle, il y avait peu de serfs au sens absolu du terme, mais les hommes étaient attachés à la glèbe, c'est-à-dire au sol sur lequel ils vivaient: ils se trouvaient alors taillables, corvéables et mainmortables. Ils payaient donc un impôt direct sur leurs biens: la taille; ils devaient un temps de travail: la corvée, et ils ne pouvaient transmettre de biens à leurs descendants: la mainmorte, et ce, toujours en faveur du seigneur de la contrée. Cependant, dans la vallée du Faucigny, il persistera une classe d'hommes libres, se soustrayant à cet esclavage, en se mettant sous la protection de maisons religieuses. L'Abbaye de Sixt accueillit ces colons, venus pour certains d'Allemagne, et leur alberge, c'est-à-dire, alloue des terres à perpétuité aux chefs de famille et à leurs descendants contre divers travaux et taxes en nature. À cette époque, peu de contrées voient leurs habitants "locataires à perpétuité" de leurs terres, avec le droit de transmission aux héritiers. Les Sizerets resteront donc attachés à leurs biens. On retrouve, tout au long des siècles et jusqu'à aujourd'hui, le nom des familles du village: Barbier, Moccand, Rannaud, Mogenier, Richard, Pin, Depassier, Ducroz, Deffayet, Denambride, ces derniers portant même pour certains, le nom de leur hameau: le Fayet, le Croz, Nambride... À cette époque, la vallée de Sixt est entièrement à défricher et les religieux craignent que les barons de Faucigny n'imposent les nouveaux colons de manière exorbitante par rapport à la dure nature du terrain qu'ils devaient occuper. Wilhelm, le successeur de Ponce et de Pierre à la tête de l'Abbaye de Sixt, signe avec Henri, seigneur de Faucigny, une déclaration en 1200 au château de Châtillon: L'abbé exploite les forêts et les lieux déserts et le prince accepte la liberté des colons. Henri de Faucigny se réserve toujours le droit de chasse sur ces terres. L'abbé possède la juridiction sur les hommes de Sixt. La vallée de Sixt est donc juridiquement autonome sous l'autorité du Prieur de l'Abbaye, seul habilité à recevoir les dîmes, la taille et autres taxes et loyers. Durant six siècles, il régnera une bonne harmonie entre la communauté religieuse et les communiers de Sixt, fiers de leur indépendance et de leur liberté relative. Les religieux apportent leurs prières, leur culture, une éducation scolaire et les Sizerets font fructifier la vallée et nourrissent ses habitants. Table des matières Paragraphe suivant Sixt Préhistoire

  • Horace B. de Saussure | Vaillance et Sourire

    Histoire de Sixt Fer à cheval et du Buet Histoire de Sixt et du Buet Horace B. de Saussure D'autres personnages vont entrer en lice pour la conquête du Buet. Le premier d'entre eux est Marc-Théodore Bourrit, le plus passionné des amoureux de la montagne. Il lui consacra sa vie et de nombreux ouvrages, pompeux à souhait, mais ne réussit jamais la course de sa vie: le Mont-Blanc. Il convoite plus que tout ce sommet et désire d'abord s'élever sur le Buet afin de trouver une voie d'accès pour un sommet nettement plus ambitieux: le Mont-Blanc. En 1774, Horace-Bénédict de Saussure retourne dans les Alpes pour chercher à établir une théorie sur leur formation. Il pense alors que, du haut de quelque sommet isolé, il en aura la révélation. Il songe alors à gravir le Buet que le livre des Deluc a rendu célèbre, et qui est le plus haut sommet de la région du Mont-Blanc à avoir déjà été conquis. C'est en compagnie de Marc-Théodore Bourrit que de Saussure va à Sixt pour repérer la voie utilisée par les frères Deluc pour gravir le Buet. Bourrit en fait le récit: Dans ce dessein ...nous profitons que nous sommes dans les environs de cette montagne avec M. le professeur de Saussure pour pousser ensemble jusqu'au pâturage des Fonts. Nous y fûmes et, considérant attentivement le Buet, la route scabreuse et escarpée qu'il fallait prendre pour y arriver, nous jugeâmes que son sommet serait toujours d'un accès difficile par là, si l'on n'avait la vigueur et la persévérance de MM Deluc. Les deux hommes renoncent. Après ce brillant hommage rendu à ses compatriotes genevois, Bourrit décide l'année suivante, en septembre 1775, de trouver une voie plus facile par le versant de Chamonix. Après avoir repéré le Buet depuis le col de Balme, au fond de la vallée de Chamonix, il engage des guides de cette vallée qui lui disent ne pas connaître ce nom. Il apprend que le sommet que l'on nomme Buet, sur le versant de Sixt, est appelé Mortine par les gens de Vallorcine. Et l’un des guides poursuit: Je me rappelle que les gens de Sixt donnent le nom de "Bovet" à un pâturage où ils envoient engraisser leurs "boeufs" et qui est situé au flanc de notre montagne. Peut-être ont-ils appelé du même nom le sommet de leur pâturage. Hypothèse plausible, car le terme Bovet (Boeuf, Bovin du latin bovis) est employé à cette époque et notamment sur une carte de 1790 sur laquelle le sommet est nommé: "Bovet ou Buet". Dans le récit de Deluc, les habitants de Sixt nomment le glacier: "Glacier du Buet" comme s'ils associaient le glacier à un lieu comme le pâturage du Buet, des bovets. J.F.Martin, dans son livre "Itinéraire de Sixt", écrit en 1821: Je crois devoir faire observer pour quelques lecteurs que j'entendrai également par le mot "montagnes" les pâturages situés au pied de diverses hauteurs qui tirent presque toujours leurs noms de l'endroit où sont situés les chalets. En 1775, Bourrit monte vers le Buet par le versant de Vallorcine avec ses guides. Le brouillard est sur la cime et ils renoncent à leur entreprise: ils ont tout de même trouvé une autre voie pour monter au sommet. Le beau temps revenu, il part la même année pour une nouvelle tentative. En six heures, ils sont au pied du glacier. Bourrit a un malaise et c’est appuyé sur ses guides, qu'il parvient au sommet. Ses compagnons s'esclaffent alors devant le sublime panorama: Ah Dieu! que le monde est grand! Bourrit fit l'excursion au moins six fois dans les années qui suivirent et dessina un panorama circulaire du Buet pour le livre de Saussure. Il laissera son nom à une immense pierre plate qui se trouve à quelques distances sous le sommet, où il avait l'habitude de se reposer: La Table au Chantre. Bourrit était le chantre, le chanteur lors des offices religieux de la cathédrale de Genève. En 1776, Horace-Bénédict Saussure décide de suivre la voie ouverte l'année précédente par Bourrit, par Vallorcine et le chalet de la Pierre à Bérard. Il va jusqu'au sommet. Il y retourne en 1778 et nous laisse un long récit: Nous partîmes de la Couteraie (près de Vallorcine) le 13 juillet de grand matin, montés sur nos mulets, car, quoiqu'on ne puisse s'en servir que dans l'espace de deux petites lieues, cette épargne de fatigue n'est point à mépriser quand on a devant soi une journée aussi pénible... ... Nous prenons la vallée qui conduit au col de Bérard par lequel on passe de Vallorcine à Sixt ou à Passy... ... Du haut de cette pente de neige, nous découvrons sur notre droite, la cime du Buet, qui, éclairée par le soleil, se voit distinctement et parait si voisine de nous, que ceux qui ne sont pas accoutumés aux illusions causées par la transparence de l'air des montagnes ne peuvent pas croire qu'il faille encore tant de fatigue pour y arriver. Enfin, après deux heures de marche aux pas de nos mulets, nous arrivons à la Pierre à Bérard, qui est un grand rocher plat, détaché de la montagne, sous lequel on a pratiqué une écurie pour vingt vaches, des lits pour les bergers et tout l'appareil de la fabrication du fromage (devenu aujourd'hui le refuge de Pierre à Bérard). Là, il faut laisser nos mulets et faire à pied le reste de la montée... ... Après deux heures d'une marche continue, mais pas trop accélérée, nous arrivons au pied d'un rocher dont la base présente des sièges naturels qui semblent inviter le voyageur à s'y reposer. Monsieur Bourrit, qui y dîna dans son premier voyage, lui a laissé son nom; les guides nomment cet endroit "la table au chantre". D'ici jusqu'au sommet, on monte toujours, ou en suivant de longues arêtes de rochers calcaires détruits et brisés à leur surface, ou en marchant sur des neiges qui remplissent les intervalles de ces arêtes... ... La rapidité de la pente des hautes sommités, et la trop grande mollesse ou la trop grande dureté de leur surface, ne sont pas les seules causes de la fatigue que l'on éprouve en les gravissant; la rareté de l'air, dès que l'on passe la hauteur de treize ou quatorze cents toises au-dessus de la mer, produit sur nos corps des effets très remarquables. L'un de ces effets, c'est que les forces musculaires s'épuisent avec une extrême promptitude... ... Si l'on persiste à faire des efforts, on est saisi par des palpitations et par des battements si rapides et si forts dans toutes les artères, que l'on tomberait en défaillance si on les augmentait encore en continuant de monter... ... Nous mîmes cinq heures et demie depuis la Pierre à Bérard où nous avions quitté nos mulets, jusqu'à la cime de la montagne. L'objet qui fixe d'abord les yeux de l'observateur placé sur la cime du Buet, c'est le Mont-Blanc... ...À l'est du Mont-Blanc, on voit l'Aiguille du Midi et les autres rochers en pyramide qui dominent la vallée de Chamouni, puis la haute cime du glacier d'Argentière, et plus loin, l'aiguille qui domine le glacier du Tour termine le vaste district des hautes Alpes de Chamouni. Les intervalles de ces hautes pyramides et de ces arêtes sont remplis de grands et magnifiques glaciers que l'on voit naître dans d'affreuses solitudes, entre des rochers noirs et stériles, et s'étendre de là jusque dans les basses vallées, au milieu des forêts et des pâturages... ... Nous séjournâmes sur la cime du Buet, environ deux heures; nous mîmes le double de ce temps à redescendre à la Poya et nous revînmes encore de là coucher à Chamouni où nous n'arrivâmes que vers les onze heures du soir. » En juin 1786, Jacques Balmat, chasseur de chamois, cristallier et mal vu des Chamoniards, rejoint deux cordées parties en direction du Mont-Blanc en vue de sa conquête. Il suit de loin les cinq montagnards. Mais bientôt, le brouillard tombe et Balmat perd la trace de ses compatriotes qui eux sont sur le chemin du retour. Il décide de poursuivre seul vers le sommet. Il se rend vite compte que rien ne pourra prouver qu'il a atteint son but et se doute que personne ne voudra le croire. Il décide donc de rebrousser chemin pour le moment et de remonter accompagné. Malheureusement, il est tard et doit bivouaquer dans la neige. De retour à Chamonix, personne ne le prend au sérieux lorsqu'il déclare connaître la voie qui mène au Mont-Blanc. Il affirme même avoir passé une nuit en haute montagne, ce qui passait pour l’époque totalement inconcevable. Deux mois plus tard, le docteur Paccard, obsédé lui aussi par cette montagne, est appelé au chevet de la fille malade de Balmat. Paccard propose alors à Balmat de l'accompagner là-haut, lui laissant sa part de récompense en échange de sa connaissance de la montagne. Le 8 août 1786, à 18h 23, le Mont-Blanc est vaincu après maintes difficultés et un bivouac organisé sur la montagne de la Côte. Au sommet, le docteur Paccard fait quelques mesures barométriques et autres... De retour à Chamonix, leur mésentente ternit un peu la beauté de la victoire et son retentissement médiatique. De Saussure fait une première tentative vers le sommet dans les semaines qui suivirent, mais ce n'est que l'année suivante, le 2 août 1787, qu'il parviendra jusqu'au Mont-Blanc, accompagné d'une immense caravane de près de vingt personnes pour lui porter son matériel scientifique. Il mesure l'humidité de l'air avec un hygromètre à cheveu de son invention, principe encore utilisé de nos jours; il détermine la température de l'eau bouillante à cette altitude, 80°, et, en mesurant la pression de l’air, calcule la hauteur, jusque-là ignorée, du sommet le plus haut d'Europe. Il trouve ce jour-là au sommet du Mont-Blanc une altitude de 4775 mètres, 30 mètres de moins que la valeur relevée de nos jours. Table des matières Paragraphe suivant Sixt Préhistoire

  • Les villageois | Vaillance et Sourire

    Histoire de Sixt Fer à cheval et du Buet Histoire de Sixt et du Buet Les villageois Vers 1265, la puissance de Pierre de Savoie est à son apogée; il annexe le Faucigny à la maison de Savoie en épousant Agnès, la fille du dernier sire de Faucigny. À sa mort en 1268, Pierre de Savoie laissait le Faucigny à sa fille Béatrice, épouse du Dauphin de Viennois. Le Faucigny est donc annexé aux terres du Dauphin de Viennois. En 1287, l'abbé rachète à la princesse Béatrix de Faucigny le droit de chasse dans la vallée de Sixt. En 1313, est passé le premier acte d'albergement de montagne, c'est-à-dire que l'Abbaye cède définitivement un territoire, en l'occurrence l'alpage des Fonts, à plusieurs particuliers. Ceci se fait en général contre une redevance en argent comptant ou une rente annuelle, ou quelques fois en nature. Les résidents de divers hameaux de la vallée, tels que Salvagny ou le Fay, Englène et le Mont, se sont regroupés en une association d’habitants pour « acheter » un pâturage auprès de l’abbaye. Cette nouvelle vie en communauté d'intérêts va unir les hommes et les contraindre à organiser avec l'aide des chanoines des réglementations pour fixer le jour de l'inalpage, l'exploitation équitable du fourrage ou du bois. En 1318, comme cela avait déjà été le cas en 1234, les "privilèges" des habitants de Sixt sont confirmés et la communauté montagnarde prospère. On compte en 1339, cent treize foyers, c'est-à-dire près de cinq cents habitants. Privés de chasse, ils ont défriché puis cultivé de nouveaux territoires. Ils deviennent agriculteurs et surtout éleveurs, et vendent leurs produits fromagers jusqu'à Genève. Dès cette époque, les Sizerets commencent à investir les alpages des Fonts, puis de Grasse-Chèvre, de Salles, de Commune et de la Vogealle En 1349, le Dauphiné est vendu par Humbert à Charles, petit-fils du roi de France, et le Faucigny passe donc sous la domination française. La France et la Maison de Savoie se disputent le Faucigny jusqu'au traité de Paris en 1354, où il réintègre la maison de Savoie en échange de territoires des environs de Grenoble. Territorialement, la Maison de Savoie se complète ainsi de façon progressive, il reste encore à ses souverains à absorber le comté de Genève, ce qui sera chose faite au début du XVe siècle. Peu de temps après, une ère de décadence est ouverte pour le Duché de Savoie, qui perdra successivement tous les avantages retirés d'une politique séculaire d'expansion territoriale. En 1418, l'Abbaye de Sixt a besoin de clôturer ses bâtiments pour respecter la règle de Saint-Augustin et vend, afin de trouver les fonds pour commencer les travaux, la montagne de Salles aux communiers de Salvagny, d'Englène et du Mont pour la somme de quatre cents florins d'or et le droit pour les chanoines de faire monter vingt-cinq bêtes chaque été. En 1469, disparaît le dernier des dix-neuf abbés conventuels, c'est-à-dire élus par ses pairs à la direction de l'Abbaye. Généralement choisi pour sa probité, son sens moral et surtout la profondeur de sa vie religieuse et spirituelle, l'abbé conventuel, assuré de la confiance des onze autres chanoines, saura faire prospérer la communauté villageoise et religieuse. L'exemplarité de la vie chrétienne monacale enrichira la communauté de nombreux dons, legs et largesses de la noblesse locale. Mais dorénavant l'abbé commendataire est nommé par le souverain, lequel impose ainsi un "protecteur" à l'Abbaye. Malheureusement, celui-ci sera généralement plus soucieux de toucher les rentes de sa nouvelle propriété que de participer à la vie religieuse. Il sera souvent un obstacle à la bonne marche de la maison, l'appauvrissant et brisant ainsi l'harmonie avec la communauté villageoise. La règle de Saint-Augustin sera petit à petit négligée et bafouée. Au début du XVIe siècle, Chambéry s'efface en tant que capitale du Duché de Savoie pour laisser la place à Turin. En 1536, le Duché de Savoie est assailli de toutes parts: les Français, les Bernois et les Valaisains se lancent à l'attaque de l'État savoyard. Cette situation aboutit à son démantèlement. Il ne reste plus à Charles III, que Verceil, une partie du Piémont de l'est, la Vallée d'Aoste et Nice. Tout l'ouest de la province, notamment le Faucigny, revient aux Français. En mars 1580, l'église de Samoëns, jusqu'ici sous l'autorité juridique et surtout financière de l'Abbaye de Sixt, obtient du pape Grégoire XIII, son érection en Collégiale et donc son autonomie financière avec le droit de percevoir la dîme. Mais les chanoines ne veulent pas se faire déposséder et, après procès devant le sénat de Savoie, l'Abbaye de Sixt obtient gain de cause et les deux tiers des revenus de la collégiale. À cette époque, les ressources agricoles de la Savoie, son commerce étriqué et le peu de circulation ne permettent plus à sa population en voie d'accroissement, de tirer du pays natal de quoi pourvoir à toute sa subsistance. C'est le montagnard surtout qui s'expatrie; le Faucigny vient en tête des contrées savoyardes où la terre ne peut nourrir tous ses habitants. À Sixt on assiste d'abord à l'émigration saisonnière, lorsque les hommes partent comme maçon ou tailleur de pierre vers les villes des vallées voisines. Deux années après l'éboulement de la pointe de Sales qui ne détruit heureusement que quelques dizaines de maisons et de granges, c'est l'éboulement, en 1602, de la Tête-Noire qui détruit ou endommage trois hameaux du Fer-à-Cheval. Il y cette fois-ci 26 chalets détruits, de nombreux animaux tués, mais fait surtout 57 morts. Table des matières Paragraphe suivant Sixt Préhistoire

  • François de Salles | Vaillance et Sourire

    Histoire de Sixt Fer à cheval et du Buet Histoire de Sixt et du Buet François de Salles Cette année-là, en 1602, François de Sales est nommé évêque de Genève. Son souci premier est de réveiller la piété des catholiques et surtout la dévotion des religieux. Invité par deux chanoines de Sixt à venir les visiter, il les prie de bien vouloir commencer par renvoyer du monastère toutes les femmes, parentes ou employées, et les assure de sa visite. Il vient une première fois en septembre 1603. Il réorganise l'établissement selon la règle de Saint Augustin, les offices, les sorties, les repas, l'habillement. Puis il se déplace, à pied, sur les lieux de la catastrophe de la Tête-Noire et assure les victimes de son secours. Bien vite, les efforts de l'évêque sont contrariés par l'abbé commendataire de Sixt soutenu par quelques chanoines rebelles. François de Sales utilisa sa patience et son pouvoir de conviction pour petit à petit remettre en ordre la congrégation de Sixt. Il fit une seconde visite en 1606, mais c'est en 1618 qu'il s'installe quatre jours à l'Abbaye, s'entretient en public ou en privé avec les religieux et fait écrire une règle stricte. Jusqu'à la fin de sa sainte vie, il suivra et encouragera les chanoines de Sixt dans leur retour à la piété. Il s'en suivit pour la vallée, un regain d'esprit religieux et l'édification dans les années qui suivirent de nombreuses chapelles: celle de Sales en 1616, celle de Salvagny en 1619, celle du Mont en 1621, celle de Nambride en 1638, celle du Fay en 1645. En 1655 débute une première exploitation des différents minerais, notamment de fer, de la vallée. Elle sera bien vite abandonnée. En 1680, un terrible incendie ravage l'Abbaye, détruit la bibliothèque et fait fondre les cloches de l'église. Vers la fin du XVIIe siècle, c'est à nouveau des périodes d'occupations françaises en Savoie, entrecoupées par une période où la Savoie sera sous contrôle Sarde. En 1713, une nouvelle tentative d'exploitation des minerais de Sixt voit le jour. Elle durera cinq années. "Le Rêve Minier" se poursuit. En 1722, les communiers de Sixt, ensemble, créent le Conseil de Communauté. Dirigé par un Syndic et un Conseiller élus parmi le Conseil pour une année non renouvelable. Le Syndic sortait du conseil après l'année de son année syndicale. En 1751 se termine un long conflit entre les chanoines de l'Abbaye et la communauté de Sixt au sujet de l'entretien des rives du Giffre: les religieux perdent leur procès. En 1760, le Conseil de la Communauté obtient, après de longues tractations avec le nouvel abbé François-Joseph Paernat de la Pallud, libéral et bienveillant, et avec l'accord de la royauté, leur affranchissement de toute taillabilité. Ils sont donc dispensés d'imposition "foncière". Il est reconnu la difficulté de cultiver cette terre aride et la royauté proroge sa propre renonciation d'imposition accordée par le seigneur du Faucigny en 1200. Les Sizerets ne paieront désormais plus que la dîme due à leur clergé et les loyers pour l'usage de terres ou propriétés propres à l’abbaye. Ce même abbé commendataire alberge, c'est à dire loue à perpétuité "son" abbaye aux chanoines de cette abbaye se réservant les droits honorifiques pour lui et ses successeurs ainsi qu'une rente annuelle de 1200 livres. Les Sizerets s'engagent à régler annuellement une taxe pour les pauvres que les chanoines avaient l'habitude de distribuer sur ses revenus. La communauté dédommagera l'abbé en lui versant la somme de huit mille livres, somme réunie par la vente de certains territoires communaux inexploités et par la participation de chacune des familles selon ses possibilités. Trente ans avant la Révolution française, les Sizerets sont des "propriétaires" affranchis. Les communiers devront toutefois continuer de payer la redevance sur les Hauts-Sièges c'est-à-dire les alpages. Mais la vie est dure pour les huit cents habitants de la vallée. Le territoire ne produit que la moitié du blé nécessaire aux 144 familles, et les fromages, notamment le Gratairon de Sixt et les produits laitiers produits par les six cents vaches sont principalement consommés sur place. Il n'y a que peu de terre plane et régulièrement inondée par les torrents pour cultiver les céréales et autres denrées agricoles. Chaque famille est de plus redevable de la dîme, taxe levée par l'Ordre de religieux. Celui-ci se monte à Sixt à onze pour cent de la récolte de grains ou de chanvre. Bien sûr, la géographie des lieux interdit toute expansion territoriale et les terres arables sont limitées. Dans cette vallée, les habitants, privés de toute autre ressource que celles de l'agriculture et de l'élevage, seront à peu près aussi nombreux durant ces siècles avec une moyenne de six à sept cents habitants. De plus, la région n'est pas sûre. Les forêts sont infestées de prédateurs s'attaquant aux troupeaux avec notamment des ours qui n'hésitent pas à affronter les hommes. Et enfin, la frontière commune avec le Valais permet le rapt de nombreux animaux. La montagne est dangereuse et tue régulièrement. On relève annuellement plusieurs accidents d'enfants ou d'adultes faisant une chute mortelle dans un ravin en surveillant un troupeau, en faisant les foins au-dessus des barres rocheuses ou en poursuivant un chamois. D’autres se noient parfois dans le Giffre ou dans tout autre torrent. En 1772, après un édit royal concernant l'éducation de chacun des enfants de France, les communiers de Sixt font une supplique au Roi pour lui demander, comme la commune est trop pauvre pour entretenir un instituteur, de transformer une taxe réservée à l'aumône, laquelle était très mal utilisée, en salaire pour un éducateur. La réponse négavive de l'Avocat Fiscal de Chambéry sera celle-ci: ...S'ils sont pauvres, eux et leurs enfants ont plus besoin de pain que de lecture. Il est plus avantageux pour l'État que les sujets restent pour cultiver la terre, ou y exercer des professions utiles qu'on apprend sans maître d'école... Depuis la création de l'Abbaye, les chanoines ont toujours professé un enseignement primaire et bien sûr religieux aux enfants du village. Un certain nombre d'entre eux sont même entrés dans les Ordres et d'autres ont poursuivi dans les voies juridiques ou universitaires. Table des matières Paragraphe suivant Sixt Préhistoire

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