Vaillance et Sourire

Histoire de Sixt et du Buet

La Révolution Française
En 1788, Sixt compte neuf cent quatre-vingts habitants. Ceux-ci décident de construire une maison de Communauté pour le Conseil du même nom.
En 1789, la Savoie est alors sous contrôle sarde et ne rentre pas de plain-pied dans la Révolution française. Elle est toutefois travaillée par une propagande française qui provoque des révoltes de plus en plus nombreuses. À l'Abbaye de Sixt, les difficultés ont vu le jour depuis 1738 ou d'incessants procès lui sont faits par certains pour s'affranchir de diverses dîmes et autres redevances.
En 1789, un accord est passé entre les religieux et les communiers: La Dîme individuelle est remplacée par une taxe collectée par la Communauté et reversée à l'Abbaye. La taille est déjà abolie depuis 1760, et la dîme en nature est supprimée. Peu à peu, le conseil de Communauté se substitue à l'autorité de l'abbé. La révolution se fait en douceur à Sixt.
Le 21 septembre 1792, en France, la République est proclamée par la Convention. Dans la nuit du 21 au 22 septembre, les troupes françaises sous le commandement du général Montesquiou envahissent la Savoie et font fuir les soldats sardes. Les "Libérateurs", annonciateurs de Liberté, d’Égalité et de Fraternité, sont accueillis avec allégresse. La Savoie devient le département du Mont-Blanc.
Le 8 février 1793, les commissaires de la Convention supprimèrent les quatre évêchés de Savoie, et donc la fermeture de l'Abbaye de Sixt. Le clergé, quant à lui, devait prêter serment à la République. La grande majorité de celui-ci émigra, malgré mille dangers, en Suisse, en Allemagne, et surtout en Italie, où des communautés se regroupèrent.
L'Abbaye de Sixt disparaissait alors après plus de six siècles de prière, de travail, de rayonnement culturel sous l'autorité de trente-trois abbés.
La dizaine de chanoines partie, les sans-culottes de Samoëns pillèrent l'Abbaye. Ils brûlèrent, pendant deux jours, sur la place du village, livres, archives et ornements religieux. Les cloches furent descendues en vue d'être fondues et transformées en canons. Le tombeau du Bienheureux Ponce fut partiellement mutilé.
La population de Sixt tenta, dans la mesure du possible, de sauver ce qui pouvait l'être. Certains purent retirer du feu quelques livres ou ornements.
Mais surtout, le jeune Augustin Depassier prit le risque, de nuit, d'aller récupérer le Trésor de Sixt, entreposé temporairement dans le grenier de l'Abbaye. Ce trésor comportait des vases sacrés, l'ostensoir, l'encensoir et une navette en argent. Augustin Depassier s'aide d'une échelle et passe par une ouverture près du toit pour sauver l'essentiel. Soupçonné, il doit s'enfuir sur le Valais. Lorsqu'il pourra enfin rentrer, il se mariera et aura douze enfants.
En mars 1793, la Convention réquisitionne les vivres et incorpore un certain nombre d'hommes de 18 à 40 ans pour se battre contre la coalition des Prusses, des Autrichiens, des Anglais, des Hollandais et des Espagnols. Les Savoyards sont amers.
L'Abbaye de Sixt, ses terres et dépendances, devenues Biens nationaux, sont vendues à Pierre Milleret, notaire à Samoëns le 27 mai 1796. L’année suivante, celui-ci revend, non sans quelques plus-values, et partage les différentes parcelles de terre aux habitants du village et les bâtiments de l'abbaye à Joseph-Marie Joënnoz et André Cochet. Ce dernier en fit une modeste auberge.
Le Village, dès lors, sans autorité vraiment reconnue et acceptée, pâtit de la non-gestion des terres et des forêts.
En février 1801, le premier maire est élu: il s'appelle Claude-François Moccand. Il est surnommé le "philosophe" pour avoir, en son temps, négocié avec habilité les nombreux différends entre la communauté et les chanoines. C'est un passionné de nature et de géologie. C'est un chasseur renommé d'ours et de chamois. Il tua à lui seul sept ours, dont le dernier de la vallée. C'est pour ses connaissances de la région qu'Horace Bénédict Saussure l'avait engagé pour récolter des échantillons de roches aux endroits les plus difficiles. Il rassembla lui-même une belle collection de fossiles et de minéraux.
Il fait voter de nouvelles réglementations pour un partage équitable des ressources communales: pâturages, alpages...
L'enseignement des religieux ayant disparu, un instituteur est engagé et payé par la commune en février 1803. Chaque élève paiera néanmoins soixante centimes par mois.
Le traitement des deux ministres du culte présents sur la paroisse est augmenté. La commune leur verse respectivement 500 et 400 francs. Il leur est alloué une somme pour l'achat et l’entretien du mobilier et des objets de culte.