Vaillance et Sourire

Histoire de Sixt et du Buet

Les villageois
Vers 1265, la puissance de Pierre de Savoie est à son apogée; il annexe le Faucigny à la maison de Savoie en épousant Agnès, la fille du dernier sire de Faucigny.
À sa mort en 1268, Pierre de Savoie laissait le Faucigny à sa fille Béatrice, épouse du Dauphin de Viennois. Le Faucigny est donc annexé aux terres du Dauphin de Viennois.
En 1287, l'abbé rachète à la princesse Béatrix de Faucigny le droit de chasse dans la vallée de Sixt.
En 1313, est passé le premier acte d'albergement de montagne, c'est-à-dire que l'Abbaye cède définitivement un territoire, en l'occurrence l'alpage des Fonts, à plusieurs particuliers. Ceci se fait en général contre une redevance en argent comptant ou une rente annuelle, ou quelques fois en nature.
Les résidents de divers hameaux de la vallée, tels que Salvagny ou le Fay, Englène et le Mont, se sont regroupés en une association d’habitants pour « acheter » un pâturage auprès de l’abbaye. Cette nouvelle vie en communauté d'intérêts va unir les hommes et les contraindre à organiser avec l'aide des chanoines des réglementations pour fixer le jour de l'inalpage, l'exploitation équitable du fourrage ou du bois.
En 1318, comme cela avait déjà été le cas en 1234, les "privilèges" des habitants de Sixt sont confirmés et la communauté montagnarde prospère. On compte en 1339, cent treize foyers, c'est-à-dire près de cinq cents habitants. Privés de chasse, ils ont défriché puis cultivé de nouveaux territoires. Ils deviennent agriculteurs et surtout éleveurs, et vendent leurs produits fromagers jusqu'à Genève.
Dès cette époque, les Sizerets commencent à investir les alpages des Fonts, puis de Grasse-Chèvre, de Salles, de Commune et de la Vogealle
En 1349, le Dauphiné est vendu par Humbert à Charles, petit-fils du roi de France, et le Faucigny passe donc sous la domination française.
La France et la Maison de Savoie se disputent le Faucigny jusqu'au traité de Paris en 1354, où il réintègre la maison de Savoie en échange de territoires des environs de Grenoble.
Territorialement, la Maison de Savoie se complète ainsi de façon progressive, il reste encore à ses souverains à absorber le comté de Genève, ce qui sera chose faite au début du XVe siècle.
Peu de temps après, une ère de décadence est ouverte pour le Duché de Savoie, qui perdra successivement tous les avantages retirés d'une politique séculaire d'expansion territoriale.
En 1418, l'Abbaye de Sixt a besoin de clôturer ses bâtiments pour respecter la règle de Saint-Augustin et vend, afin de trouver les fonds pour commencer les travaux, la montagne de Salles aux communiers de Salvagny, d'Englène et du Mont pour la somme de quatre cents florins d'or et le droit pour les chanoines de faire monter vingt-cinq bêtes chaque été.
En 1469, disparaît le dernier des dix-neuf abbés conventuels, c'est-à-dire élus par ses pairs à la direction de l'Abbaye. Généralement choisi pour sa probité, son sens moral et surtout la profondeur de sa vie religieuse et spirituelle, l'abbé conventuel, assuré de la confiance des onze autres chanoines, saura faire prospérer la communauté villageoise et religieuse.
L'exemplarité de la vie chrétienne monacale enrichira la communauté de nombreux dons, legs et largesses de la noblesse locale.
Mais dorénavant l'abbé commendataire est nommé par le souverain, lequel impose ainsi un "protecteur" à l'Abbaye. Malheureusement, celui-ci sera généralement plus soucieux de toucher les rentes de sa nouvelle propriété que de participer à la vie religieuse. Il sera souvent un obstacle à la bonne marche de la maison, l'appauvrissant et brisant ainsi l'harmonie avec la communauté villageoise. La règle de Saint-Augustin sera petit à petit négligée et bafouée.
Au début du XVIe siècle, Chambéry s'efface en tant que capitale du Duché de Savoie pour laisser la place à Turin.
En 1536, le Duché de Savoie est assailli de toutes parts: les Français, les Bernois et les Valaisains se lancent à l'attaque de l'État savoyard. Cette situation aboutit à son démantèlement.
Il ne reste plus à Charles III, que Verceil, une partie du Piémont de l'est, la Vallée d'Aoste et Nice.
Tout l'ouest de la province, notamment le Faucigny, revient aux Français.
En mars 1580, l'église de Samoëns, jusqu'ici sous l'autorité juridique et surtout financière de l'Abbaye de Sixt, obtient du pape Grégoire XIII, son érection en Collégiale et donc son autonomie financière avec le droit de percevoir la dîme. Mais les chanoines ne veulent pas se faire déposséder et, après procès devant le sénat de Savoie, l'Abbaye de Sixt obtient gain de cause et les deux tiers des revenus de la collégiale.
À cette époque, les ressources agricoles de la Savoie, son commerce étriqué et le peu de circulation ne permettent plus à sa population en voie d'accroissement, de tirer du pays natal de quoi pourvoir à toute sa subsistance. C'est le montagnard surtout qui s'expatrie; le Faucigny vient en tête des contrées savoyardes où la terre ne peut nourrir tous ses habitants. À Sixt on assiste d'abord à l'émigration saisonnière, lorsque les hommes partent comme maçon ou tailleur de pierre vers les villes des vallées voisines.
Deux années après l'éboulement de la pointe de Sales qui ne détruit heureusement que quelques dizaines de maisons et de granges, c'est l'éboulement, en 1602, de la Tête-Noire qui détruit ou endommage trois hameaux du Fer-à-Cheval. Il y cette fois-ci 26 chalets détruits, de nombreux animaux tués, mais fait surtout 57 morts.